Un gros chantier, et des fleurs en perdition ? Les Grands voisins, site emblématique du 14e parisien, n’accueillent plus d’associations et se transforment en écoquartier. Et grâce à quelques habitantes, les rosiers centenaires, la dentelaire du cap ou les rhododendrons ne seront pas détruits lors des travaux.
Voilà cinq ans qu’un collectif d’associations s’était emparé des 3.5 hectares de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, dans le 14e arrondissement parisien. Les occupants laissent aujourd’hui le champ libre au chantier qui transformera le lieu en écoquartier. Sous la pluie, ils s’affairent à démonter les structures en bois, tambourinent les planches à grands coups de marteaux, pendant que d’autres les chargent dans les camions. « Nous avions déjà libéré une partie de l’espace occupé fin 2017 pour le début des travaux », se souvient Bérénice Perrein, membre de Yes we camp, une des associations occupant les lieux, au côté d’Aurore, et de Plateau urbain. D’ici quelques jours, l’espace sera définitivement libéré pour laisser place aux engins de chantier. Une transformation qui a bien failli finir en coupe rase pour les plus anciens occupants de ces lieux que sont les arbres et autres plantes, décrites notamment par Chateaubriand dans les années 1840 — il évoquait notamment « les lilas, les azalées, les pompadouras et les rhododendrons du jardin ». [1]. Seuls quelques arbres devaient être conservés pour le futur écoquartier. (...)
Une « communauté végétale » en sursis
Une situation qui a fait réagir certains occupants du lieu. Rosiers, figuiers et autres cotonéasters ne pouvaient pas disparaître. « Ces plantes forment une véritable communauté végétale. Elles vivent et s’épanouissent ici et ensemble, dans ce lieu, pourtant très éloigné de leur milieu d’origine », explique Isabelle Delatouche, artiste et membre des Grands voisins, très investie pour ces plantes. « On ne pouvait pas laisser faire cela, ces plantes sont les racines vivantes. » Très vite, une opération de sauvetage s’est organisée autour de ces plantes, nommées pour l’occasion les « petites voisines ». (...)
après presque un an de recherches et de discussions, une réponse a été trouvée : les plantes seront envoyées à Vives les groues, un autre site occupé par Yes we camp, situé à Nanterre. Il a bien sûr fallu avant cela consacrer plusieurs journées à déterrer et à placer les plantes dans des pots. Pour cela, elles ont pu compter sur des bénévoles et sur des travailleurs envoyés par l’association Aurored’aide aux migrants. (...)
Du 13 au 15 octobre, une étape supplémentaire de cette importante opération de sauvetage a été franchie. « On a sauvé tout ce qui était déplaçable. Du petit carré de pelouse, jusqu’aux petits arbres ! » reprend Bérénice. En tout, plus de 200 sujets ont été inventoriés par des bénévoles, et seront stockés en pots à Nanterre le temps des travaux, prévus pour quatre ans. Malgré tout, certaines plantes ne sont pas encore sorties d’affaire. (...)
Mais l’aventure des « petites voisines » n’est pas terminée pour autant. « Pendant toute la durée des travaux, il va falloir continuer à entretenir ces plantes », explique Bérénice. Un coût, estimé à quarante euros par plante, collecté uniquement grâce à une cagnotte en ligne. En effet, si les plantes sont censées rejoindre le futur écoquartier une fois construit, le promoteur n’a pour l’instant fait preuve d’aucun soutien financier au projet. Bérénice ne désespère pas. « C’est dans leur intérêt de reprendre des plantes acclimatées depuis plusieurs centaines d’années », explique-t-elle. Isabelle, elle, imagine déjà une suite au projet :
Jusque-là, on se contentait de raser systématiquement pour tout reconstruire. C’est la première fois que les plantes sont élevées au rang du sujet, et non plus seulement d’objet. Alors on espère que cette idée va se diffuser, et être appliquer à d’autres projets ! » (...)