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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Révélations sur les grands donateurs de la campagne d’Éric Zemmour
Article mis en ligne le 21 janvier 2022
dernière modification le 20 janvier 2022

Grâce à des documents internes de la campagne d’Éric Zemmour, Mediapart a pu identifier 35 de ses grands donateurs. Parmi eux, Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe. Premier volet de notre série sur les soutiens du candidat.

S’il l’on en croit l’équipe du candidat d’extrême droite, un tiers des ressources proviendrait des adhérents à son mouvement Reconquête !. Avec une moyenne de « 700 à 800 adhésions par jour », le parti aurait réussi à recruter, à trois mois du premier tour de l’élection présidentielle, « 80 000 adhérents ». Soit une manne d’au moins 2,4 millions d’euros, avec des adhésions de base à 30 euros.

À cela s’ajoutent les dons récoltés par les « Amis d’Éric Zemmour », qui ont obtenu leur agrément d’association de financement politique le 31 mai. « On est à environ 6 millions d’euros » de dons, assure à Mediapart Julien Madar, responsable des financements de la campagne, sans apporter aucune preuve écrite à ses estimations. (...)

Le 10 décembre dernier, la radio Europe 1 – propriété de Vincent Bolloré – s’enthousiasmait du « jackpot » de « plus de 2 millions d’euros » qu’aurait amassé l’équipe d’Éric Zemmour. Sa cagnotte aurait donc gagné 4 millions d’euros supplémentaires en un mois. Un montant colossal, si l’on compare aux sommes collectées par ses concurrents. (...)

Ces chiffres ont-ils été artificiellement gonflés pour construire l’image d’un candidat crédible et proche du peuple ? Selon nos informations, Éric Zemmour a en tout cas très tôt misé sur de grands donateurs, issus des milieux d’affaires, pour financer sa campagne. Grâce à une série de témoignages et de documents internes – dont la liste des 1 000 invités VIP au meeting de Villepinte –, Mediapart a pu retracer les dîners de levées de fonds organisés dès le mois de mai, et identifier 35 des grands donateurs. Ils ont donné entre 1 000 et 7 500 euros à l’association de financement du candidat ou à Reconquête ! (le montant des dons est plafonné à 4 600 euros pour la campagne d’un candidat et à 7 500 euros par an pour un parti – qui peut lui-même prêter des fonds au candidat). Plusieurs ont prêté entre 100 000 et 200 000 euros.

Ces documents offrent un aperçu inédit des coulisses de la campagne d’Éric Zemmour et éclairent la sociologie de ses premiers cercles. Savoir qui soutient et finance ce nouveau candidat et son parti tout neuf relève de l’intérêt démocratique et général. (...)

De grands donateurs issus des milieux financiers et d’affaires

Les grands donateurs que nous avons identifiés sont cadres dans des banques, fonds d’investissement, hedge funds. Certains sont des Français expatriés à l’étranger (Royaume-Uni, Suisse, Hong Kong, Maroc). On trouve pêle-mêle un investisseur dans le secteur des technologies qui a auparavant travaillé une dizaine d’années au sein du groupe Bolloré ; le directeur d’une entreprise américaine de services financiers et responsable de la section LR (Les Républicains) au Royaume-Uni ; le directeur exécutif d’une banque d’investissement internationale ; le patron d’une entreprise parisienne spécialisée dans l’optimisation de la visibilité en ligne de points de vente ; un responsable de la conformité d’une banque d’investissement à Genève ; le PDG d’une des premières sociétés d’intermédiation financière ; un consultant finance expatrié et membre de la Fondation Napoléon à Paris.

Parmi les gros contributeurs également, de nombreux cadres évoluant dans des cabinets de conseil, des groupes industriels ou dans le secteur immobilier. Ont ainsi mis la main à la poche un manager « senior » au sein du géant pharmaceutique américain Johnson & Johnson, un responsable marketing et développement commercial dans le secteur des télécommunications, un entrepreneur dans le domaine des télécoms et dirigeant d’une société de conseil, plusieurs promoteurs immobiliers. Figure enfin un certain nombre d’avocats d’affaires ou fiscalistes, en poste dans de grands cabinets français ou internationaux.

Dans cet univers très masculin, un nom attire l’attention : celui de Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré ayant bâti un empire médiatique réactionnaire allant de l’audiovisuel à l’édition et employait, jusqu’en septembre, Éric Zemmour sur sa chaîne CNews. Jointe par Mediapart, Chantal Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe familial, ne se souvient pas avec précision du montant de son virement. (...)

Comment fonctionne la « machine » à dons Zemmour ? Le pôle « financements » travaille sous la houlette de Julien Madar, directeur général de Checkmyguest (qui propose à la location à Paris près de 800 appartements haut de gamme). Lors de la dernière campagne présidentielle, cet entrepreneur et investisseur de 32 ans était apparu parmi les invités d’un dîner de soutiens d’En Marche !, aux côtés de personnages de premier plan comme des cadres du cabinet de conseil McKinsey. (...)

Aujourd’hui, il pilote les levées de fonds de la campagne Zemmour. En septembre, lorsque son nom avait été révélé par Radio France, il avait juré à Mediapart qu’il avait seulement, à la demande de Sarah Knafo, mis à disposition des Amis d’Éric Zemmour une boîte aux lettres – à l’adresse de sa société – pour « dépanner » l’association. (...)

Aujourd’hui, il pilote les levées de fonds de la campagne Zemmour. En septembre, lorsque son nom avait été révélé par Radio France, il avait juré à Mediapart qu’il avait seulement, à la demande de Sarah Knafo, mis à disposition des Amis d’Éric Zemmour une boîte aux lettres – à l’adresse de sa société – pour « dépanner » l’association. (...)

En parallèle, des petites mains s’activent pour collecter des dons, en mettant à profit les réseaux de chacun. (...)

Sur la liste des invités « VIP » de Villepinte figurent également des « poissons pilotes », qui ne contribuent pas financièrement eux-mêmes, mais mettent à profit leur carnet d’adresses. Comme Patrick, à la tête d’une société spécialisée dans le conseil en levée de fonds. Contacté par Mediapart, il requiert expressément l’anonymat pour raconter le coup de main donné à la campagne. « J’ai des clients de gauche, de droite, je ne souhaite pas apparaître. Je ne suis pas le militant qui va aller coller des affiches et voit Zemmour comme un dieu vivant. Mon job consiste à présenter des gens à des gens. J’ai des amis qui aiment Zemmour, je les présente », dit-il, assurant avoir aussi prêté main-forte à « une boîte macroniste ». Issu d’une famille de pieds-noirs, fils d’un militant du RPR, petit-fils de « gardiens d’immeuble HLM à Vitry-sur-Seine », il se reconnaît dans « l’histoire personnelle et familiale » d’Éric Zemmour. « Il a eu un vécu similaire. Et en tant que pieds-noirs, on soutient des pieds-noirs. » (...)

Des dîners de levées de fonds dès le mois de mai

Selon nos informations, entre mai et novembre 2021, une série de dîners de levées de fonds ont été organisés, à Paris mais aussi à l’étranger (Londres, Genève). Signe que le soutien à Éric Zemmour reste difficile à assumer, de nombreux donateurs contactés nous ont demandé de ne pas faire figurer leur nom dans l’article. L’un d’eux a par exemple requis l’anonymat pour nous expliquer longuement les raisons de son engagement, expliquant ne pas souhaiter « s’engager publiquement », notamment par rapport à son employeur. Certains racontent que l’affichage de leur soutien au candidat d’extrême droite a été mal perçu par leur entourage. (...)

Le 9 novembre, autre levée de fonds : deux invités figurant sur la liste « VIP » de Villepinte, Valérie et Olivier de Panafieu, ont convié à leur domicile parisien trente personnes, autour d’Éric Zemmour. Selon nos informations, parmi les convives, le célèbre couple d’écrivains voyageurs Alexandre et Sonia Poussin, qui se réjouissent à travers leurs livres et documentaires en Afrique (Africa Trek, et Madatrek) de « l’extraordinaire diversité du monde » et prônent « la compréhension de la différence », considérant le racisme « comme un fléau qui entache l’humanité ». (...)

Parmi les contributeurs financiers, certains sont historiquement proches des milieux d’extrême droite. (...)

D’anciens soutiens de l’UMP

D’autres grands donateurs sont plutôt d’anciens soutiens des campagnes RPR, UMP ou LR. (...)

Signe que le soutien à Éric Zemmour reste difficile à assumer, de nombreux donateurs contactés nous ont demandé de ne pas faire figurer leur nom dans l’article. L’un d’eux a par exemple requis l’anonymat pour nous expliquer longuement les raisons de son engagement, expliquant ne pas souhaiter « s’engager publiquement », notamment par rapport à son employeur. Certains racontent que l’affichage de leur soutien au candidat d’extrême droite a été mal perçu par leur entourage. (...)