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Marie-Claude Saliceti
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le Monde Diplomatique
Retour de la violence politique au Brésil
Article mis en ligne le 12 mai 2018

Qu’elles semblent loin, les couvertures de magazines qui promettaient au Brésil un avenir radieux. Secoué par une vague de violences, tel l’assassinat de la conseillère municipale de gauche Marielle Franco, le plus grand pays d’Amérique du Sud multiplie les ruptures avec l’ordre constitutionnel. Au point que certains droits acquis après la fin de la dictature, en 1985, semblent désormais menacés. À commencer par la liberté d’expression et celle de choisir ses dirigeants.

Depuis 2016 et la destitution de la présidente Dilma Rousseff par le Congrès — une opération que la gauche désigne sous le terme de « coup d’État parlementaire » —, le Brésil semble renouer avec un passé que beaucoup espéraient révolu : celui d’une terre régie par les « colonels » et les bandeirantes, ces caciques locaux qui usaient de la violence pour se débarrasser des gêneurs. Les gêneurs, ce sont la gauche et les démunis, notamment les « sans-terre » occupant des terres improductives qui, selon la Constitution, devraient être redistribuées dans le cadre de la réforme agraire.

Alors que le pays va célébrer le 13 mai les 130 ans de l’abolition de l’esclavage, l’un des symboles les plus marquants de cette triste période a refait son apparition sur les écrans de télévision : le fouet en cuir. De grands propriétaires l’ont utilisé pour frapper des paysans du Mouvement des sans-terre (MST) qui attendaient le passage de la caravane de l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva dans le sud du pays, le 22 mars. (...)

La sénatrice Ana Amélia Lemos, du Parti progressiste (PP, droite), a félicité sans complexe ces « véritables gauchos [gardiens de troupeaux] qui ont levé leurs fouets ». (...)