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Marie-Claude Saliceti
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Libération
Répression en Egypte : pourquoi la France garde-t-elle le silence ?
Article mis en ligne le 24 octobre 2017

Alors que l’on assiste aux violations des droits humains en Egypte, Emmanuel Macron s’apprête à recevoir le maréchal Abdel Fattah al-Sissi et pourrait ne prendre aucune mesure pour contrôler les transferts d’armes.

(...) Le 6 octobre, les ministres des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian et Sameh Choukry, réaffirmaient d’ailleurs leur volonté d’approfondir la relation bilatérale dans tous les domaines, y compris militaire, transferts d’armes à la clé. (...)

Un partenariat stratégique
Si la France est une « amie » de longue date de l’Égypte, ce lien s’est considérablement renforcé depuis la révolution de janvier 2011. En témoigne le partenariat stratégique initié en février 2015 sous couvert de lutte contre le terrorisme : basé sur des transferts d’armes de la France vers l’Egypte, il avait conduit Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, à souligner que le développement ou la démocratie n’étaient pas la priorité.

Les droits humains doivent pourtant rester la priorité absolue de la diplomatie française, en particulier face à la dérive répressive que connaît l’Egypte. Il y a quatre ans, les autorités dispersaient par la force les sit-ins pacifiques des manifestants sur les places Rabaa al-Adawiya et Al-Nahda au Caire. En un seul jour, près de 900 morts et plus d’un millier de blessés….

Depuis, les forces de sécurité n’ont cessé d’accroître la répression avec une intensité inédite. Les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires, la détention à l’isolement, l’usage excessif de la force et le recours aux armes à feu, aux véhicules blindés ou à d’autres équipements pour réprimer des manifestations sont des pratiques si courantes que les autorités françaises ne peuvent les ignorer.

Et pourtant, la France n’a jamais cessé de livrer des armes à l’Egypte. (...)

malgré la position commune de l’UE de 2008 sur le contrôle à l’exportation d’équipements militaires, selon laquelle les Etats membres doivent empêcher les transferts qui pourraient être utilisés à des fins de répression interne, le gouvernement français a autorisé la livraison de plus de 200 véhicules blindés à l’Egypte entre 2012 et 2014. Certains ont servi à la répression meurtrière de l’été 2013. Ils peuvent désormais être utilisés pour commettre ou faciliter de nouvelles violations des droits humains.

La France en contradiction
Le gouvernement a aussi délivré ces deux dernières années de nouvelles licences d’exportation pour des équipements susceptibles de servir à la répression, en contradiction avec les dispositions du Traité sur le commerce des armes, que la France a signé le 2 avril 2013 et de la position commune de l’UE de 2008.

Il est évident que les visites de chefs d’Etat riment souvent avec la signature de contrats d’armement (...)

Si une fois encore la France ne condamne pas publiquement les violations des droits humains en Egypte et ne prend aucune mesure pour contrôler ses transferts d’armes qui les facilitent, le signal sera dramatique. Il serait celui d’un silence complice alors qu’ailleurs, le président français ne cesse de répéter son attachement aux droits humains.