La grave crise économique qu’affronte le secteur aérien pèse sur le devenir des salariés de l’aéronautique (entre 300.000 et 450.000 personnes en France). Comment opérer la reconversion écologique du secteur en préservant l’emploi ? C’est la question cruciale qui se pose dès aujourd’hui. (...)
Les avions vont-ils rester au sol, ce samedi 3 octobre ? C’est en tout cas l’objectif des mouvements citoyens ANV COP21 et Alternatiba. Les militants de ces collectifs invitent les citoyens, partout en France, à « marcher sur les aéroports, avec détermination et non violence ». Ils dénoncent un secteur polluant, qui serait responsable de près de 16,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) françaises. Ils plaident donc pour une réduction du trafic aérien et la reconversion des salariés du milieu.
Le sujet des reconversions des travailleurs de l’aéronautique et de l’aviation est soulevé par les associations environnementales depuis plusieurs années. Mais la crise du Covid-19 a remis la question au goût du jour plus rapidement que prévu. En raison des restrictions mondiales de ces derniers mois, le trafic aérien a énormément baissé, affectant toutes les entreprises du secteur, et par conséquent les emplois. En France, le secteur de l’aviation et de l’aéronautique concerne 300.000 à 450.000 travailleurs
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Cette crise sanitaire devenue économique se traduit d’ores et déjà par des plans de restructuration et des licenciements dans certaines entreprises françaises. Mediapart a publié une carte des plans sociaux menaçant les travailleurs : 26 concernent le secteur de l’aéronautique ou de l’aviation. En juin 2020, le constructeur Airbus a annoncé un plan de départs volontaires concernant 4.248 employés en France — Guillaume Faury, son patron, a depuis affirmé que ces départs ne suffiront probablement pas. La compagnie Air France prépare également un plan de départs : le groupe prévoit la suppression de plus de 7.500 postes d’ici la fin 2022.
Les grandes entreprises sont loin d’être les seules touchées par ces vagues de restructuration : dans la Vienne par exemple, la société Mecafi, productrice de pièces pour l’aéronautique, veut se séparer de la moitié de son effectif (près de 250 emplois concernés). En Ariège, le sous-traitant MKAD, spécialisé dans la fabrication de pièces en titane de grande dimension, compte fermer son usine. Cela met en danger 45 travailleurs.
Le 9 juin 2020, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a donc annoncé un plan de soutien pour la filière aéronautique, d’un montant de plus de 15 milliards d’euros (dont sept milliards pour Air France). « Il est proportionné à la violence qu’a représenté la crise en ce début d’année et à son effet durable sur le trafic aérien », a-t-il justifié. Mais cette décision a fait bondir les écologistes.
« Ce n’est pas le moment de soutenir l’aviation coûte que coûte, mais d’ouvrir le débat sur le fait de réduire les déplacements en avion, a déclaré Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le climat. Des aides (formation, reconversion) aux travailleurs des secteurs très émetteurs peuvent parfois être préférées à une aide sectorielle. »
« Il ne faut pas que les salariés soient laissés sur le carreau »
(...) C’était d’ailleurs une des propositions de la Convention citoyenne pour le climat (...)
Dans ses propositions, The Shift Project prend Air France comme exemple. Le groupe de réflexion estime que les salariés de la compagnie aérienne pourraient se rediriger vers le secteur ferroviaire (...)
Mais évidemment, la perspective d’une reconversion ne plaît pas à tous les salariés. « Nous ne travaillons pas sur des projets de reconversion, nous sommes plutôt dans une défense de notre métier », affirme-t-on au Syndicat national des pilotes de ligne. « Pour l’instant, la priorité des salariés du secteur de l’aérien est avant tout de sauver leur emploi face aux plans de restructuration », rapporte de son côté Fabrice Michaud, secrétaire général de la CGT Transports.
Selon lui, le partage du travail pourrait déjà être une solution à la crise économique. Quant aux mutations pour répondre à l’urgence climatique, il ne dit pas non, mais ne veut pas de décisions dans la précipitation
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Cette anticipation dépendra donc de la volonté de l’État. Mais les écologistes ne se font pas d’illusions non plus. « Il faut aussi avoir conscience que l’État ne va pas assurer, a prévenu Xavier Capet, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), lors de l’occupation de la place Saint-Marthe à Paris par des militants écologistes. Il faudra que tous les militants écologistes s’organisent pour venir en aide aux salariés laissés sur le carreau. Ça, il faut y penser dès maintenant. »