Incendies, sécheresse, canicules, les événements climatiques parfois dramatiques s’accumulent cet été. "Ce qu’il se passe aujourd’hui est ce que la communauté scientifique avait envisagé il y a trente ans", nous rappelle le climatologue et ancien membre du Giec Jean Jouzel.
(...) En Gironde, le feu qui "s’était enterré" depuis la mi-juillet dans le secteur de Landiras a repris violemment depuis mardi après-midi. 6 000 hectares de forêt sont partis en fumées et 6 000 personnes ont été évacuées dans ce secteur des Landes de Gascogne. Que révèlent ces incendies sur l’état du climat ? (...)
Le lien entre les incendies et l’état du climat est assez clair : des périodes de sécheresse ou la végétation est très sèche depuis plusieurs mois et des périodes de fortes chaleurs favorisent le développement, l’extension des incendies. Mais ce processus est accentué s’il y a du vent évidemment.
Ce lien entre réchauffement climatique, sécheresse et risque d’incendie a été très bien documenté. Je montre souvent dans mes conférences ce risque que des régions comme l’Ouest et le centre de la France ont par rapport aux incendies à horizon des prochaines décennies. En fait, c’est déjà ce qui se manifeste aujourd’hui. On ne pensait pas qu’il pourrait y avoir des incendies relativement importants en Bretagne, et c’est déjà le cas. (...)
Je pense qu’il y a une prise de conscience à la fois de chacun d’entre nous, du public, des autorités. Ce que je regrette, c’est qu’on n’ait pas accordé de la crédibilité à notre communauté scientifique il y a trente ans. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est ce que notre communauté avait envisagée en termes par exemple, de rythme de réchauffement. Ce n’est pas le réchauffement, ce n’est pas une année après l’autre, mais c’est vraiment une décennie après l’autre. En termes d’accélération de l’élévation du niveau de la mer.
Et, depuis la fin des années 90, chaque rapport du GIEC redit le risque que des événements extrêmes de plus en plus intenses, de plus en plus fréquents, seront associés au réchauffement climatique. Cela veut dire qu’il faut accorder de la crédibilité à ce que cette communauté nous dit pour les prochaines décennies. Et là, c’est très clair. Même un réchauffement qui serait limité à deux degrés doublerait pratiquement l’intensification des vagues de chaleur. Ce serait des vagues de chaleur deux fois plus fréquentes, plus intenses. C’est vrai aussi pour les sécheresses, c’est vrai aussi pour les pluies torrentielles. Il ne faut pas simplement dire que c’est quelque chose que l’on accepte, que l’on comprend. (...)
Le dernier rapport du GIEC nous dit clairement que le lien entre réchauffement climatique et activités humaines est sans équivoque et que l’ensemble du réchauffement est très probablement lié à nos activités. Mais même une fois toutes ces réalités acceptées par le grand public, il faut aussi regarder devant nous et justement regarder ces prévisions et les projections échéance de quelques décennies, en particulier en terme d’événements extrêmes.
Il faut tout faire pour à la fois limiter le réchauffement climatique - c’est l’objectif de l’accord de Paris - mais aussi s’y adapter. De la prévention doit être mise en œuvre. C’est le cas quand on parle de ressources en eau, il faut de l’anticipation. Quand on parle de feux de forêts également. Il faut jouer sur les deux tableaux : à la fois la lutte contre le réchauffement climatique, essayer de vraiment de tenir ces engagements de l’accord de Paris, ne serait-ce que deux degrés. Et puis, bien sûr aussi, s’adapter au réchauffement climatique.
Il faut que chacun d’entre nous prenne conscience que le réchauffement climatique est inéluctable, qu’il va se poursuivre. Il ne faut pas faire l’autruche. Il n’y a pas de secteur d’activité qui puisse se dire "le réchauffement climatique ne me concerne pas". (...)
à Rennes, j’ai été assez marqué par le fait qu’au centre de la ville, il y avait huit degrés de plus au moment de la vague de chaleur, il y a quelques semaines, que dans la campagne environnante. Prenons ce problème d’îlots de chaleur dans les grandes villes. Dans la métropole, il y a ceux qui ont les moyens de quitter la ville l’été. Et ceux qui ne peuvent pas. Il existe donc une inégalité très claire.
On peut voir aussi que des habitats sont régulièrement frappés par des inondations dans les régions méditerranéennes, perdent de leur valeur. Ce sont d’ailleurs les personnes les plus pauvres, les populations les plus modestes - qui d’ailleurs contribuent le moins d’émissions de gaz à effet de serre - qui ont des conséquences extrêmement importantes dans leur vie, qui sont les moins à même d’y faire face. Les plus riches de notre pays, de notre planète, sont non seulement les plus émetteurs, mais sont aussi ceux qui ont le plus de possibilités d’échapper aux conséquences du réchauffement climatique. (...)
Je pense que l’éducation, la prise de conscience, le rôle des médias est très important. (...)
La planification écologique qui échoit à notre Première ministre n’est pas mise au rang des priorités. Il faut passer des objectifs affichés à quelque chose de concret au niveau national. Mais la réalité du réchauffement climatique est aussi que cela se passe au niveau régional, au niveau des élus locaux ou régionaux. Quand on parle d’habitat, de mobilité ou de circuits courts par exemple, tout ce qui concerne la l’évolution nécessaire de nos pratiques agricoles et alimentaires, et bien tout cela, c’est au niveau régional.
Et puis, il faut aussi entraîner les entreprises ou certaines entreprises. (...)
Les recommandations des 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat sont extrêmement pertinentes, ambitieuses. Malheureusement, elles n’ont pas été inscrites dans la loi ou de façon très marginale. (...)
les mots clés, c’est bien sûr l’efficacité énergétique, mais aussi de sobriété. L’efficacité énergétique, c’est faire les mêmes choses avec moins d’énergie. Et la sobriété, c’est vraiment regarder par rapport à ce que nous faisons, quelles sont les conséquences de nos actions par rapport à notre environnement au sens large. Et dans cet environnement, ce volet réchauffement climatique est vraiment essentiel parce qu’il impacte tous les autres également.
(C’est le plus grand fleuve d’Europe) https://t.co/rkE2acCE9o
— Gaspard Glanz (@GaspardGlanz) August 13, 2022