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Racisme d’État (2/2) : politiques de l’antiracisme
ERIC FASSIN Enseignant-chercheur, sociologue
Article mis en ligne le 30 novembre 2017
dernière modification le 29 novembre 2017

Dans un pays qui n’a jamais interdit le Front national, le gouvernement va-t-il avec le soutien de la classe politique bannir le vocabulaire qui permet de mettre des mots sur la responsabilté des pouvoirs publics ? On peut discuter les avantages et inconvénients de parler de "racisme d’État". Il n’en reste pas moins que la racialisation de la société doit beaucoup à des politiques de racialisation.

Les trois âges de l’antiracisme

Qu’est-ce que l’antiracisme politique ? Pour le comprendre, il convient de revenir à l’histoire du racisme depuis le retour de l’extrême droite sur la scène politique, et en réponse à ce que j’ai proposé d’appeler les trois âges de l’antiracisme. Dans les années 1980, les premiers succès du Front national ont servi de catalyseur à un antiracisme idéologique : pendant ce premier âge, il s’agissait de mener le combat contre un parti xénophobe et raciste sur le terrain des idées et des valeurs, soit d’opposer l’universalisme républicain au culturalisme identitaire de l’extrême droite renouvelée.

Dans les années 1990, l’expérience d’une deuxième génération issue de l’immigration postcoloniale a fait prendre conscience de l’importance des discriminations raciales au quotidien : il n’est pas besoin d’idéologie raciste pour nourrir un racisme systémique. Dans les médias comme à l’université, tout le monde ou presque est antiraciste, et tout le monde ou presque est blanc. Ce deuxième âge de l’antiracisme, qu’on peut dire sociologique, se place donc du point de vue des effets sur les minoritaires, et non pas des intentions des groupes majoritaires.

Dans les années 2000, et en particulier avec l’ère Sarkozy, on a davantage pris conscience du rôle des pouvoirs publics dans la production de ces logiques structurelles – depuis le ministère de l’identité nationale jusqu’à la chasse aux Roms, en passant par les campagnes répétées contre l’islam. Sans doute l’État revendique-t-il haut et fort son engagement antiraciste ; il n’empêche : la dimension raciale des politiques publiques nourrit une racialisation de la société. C’est dans ce contexte que se développe un antiracisme politique. (...)

C’est l’assignation à une place minorée dans l’ordre social qui définit la personne racisée : « le qualificatif ne désigne pas une qualité de l’être, mais une propriété sociale. Non pas une identité sociale, mais une position dans la société, résultant d’un processus collectif. »

La racialisation qui pèse sur ces minorités raciales traverse la société tout entière. Pour cette raison, on parle aussi de blanchité, qui est « moins une question d’épiderme que de position sociale et économique dans un contexte socio-historique donné ». C’est le privilège du dominant. On peut ainsi devenir blanc, comme le montre l’histoire des Irlandais arrivés aux États-Unis au dix-neuvième siècle, ou cesser de l’être, à l’instar des Arabes-Américains après le 11 septembre 2001.

Rien à voir avec la race biologique des racistes. (...)

C’est en partant de ce concept qu’on peut comprendre, non pas que la France a été blanche dans le passé, mais qu’elle est en train de le devenir, tant nos concitoyens racisés peuvent y être traités plus ou moins comme des étrangers.

Antiracisme politique et antisémitisme

Bien entendu, les nouvelles formes de racisme ne font pas disparaître les anciennes (...)

L’enjeu est bien politique : « la concurrence que certains cherchent à exacerber entre les ouvriers blancs et leurs voisins “d’origine étrangère”, ou bien entre musulmans et juifs, tout en montant les uns et les autres contre les Rroms, fait obstacle aux questions qu’il faudrait poser de toute urgence. Ce n’est pas la faute des Rroms, ni des immigrés d’Afrique, ni des Noirs ou des musulmans, si les inégalités se creusent, pas plus que la faute n’incombe aux juifs si ces racisés en tous genres sont victimes de discriminations sociales et étatiques. Lutter contre les discriminations ou contre les inégalités économiques, contre l’islamophobie ou bien contre l’antisémitisme ? Ce sont encore de fausses alternatives qui empêchent toute coalition, qui divisent ceux et celles qui devraient s’unir et unissent celles et ceux qui devraient se diviser. »

Ne pas accepter les termes du débat public tels qu’ils sont donnés, mais les reformuler pour n’en être pas prisonnier : n’est-ce pas l’enjeu, encore et toujours, d’une réflexion scientifique mais aussi militante ? Ne pas se contenter de contribuer au bruit des discours politico-médiatiques qui dominent la sphère publique et qui, sous couvert d’antiracisme, font aujourd’hui le jeu du racisme sous toutes ses formes, mais tenter de penser autrement, dans ses propres termes, tel est l’enjeu de la bataille du langage (...)

Les trois âges de l’antiracisme

Qu’est-ce que l’antiracisme politique ? Pour le comprendre, il convient de revenir à l’histoire du racisme depuis le retour de l’extrême droite sur la scène politique, et en réponse à ce que j’ai proposé d’appeler les trois âges de l’antiracisme. Dans les années 1980, les premiers succès du Front national ont servi de catalyseur à un antiracisme idéologique : pendant ce premier âge, il s’agissait de mener le combat contre un parti xénophobe et raciste sur le terrain des idées et des valeurs, soit d’opposer l’universalisme républicain au culturalisme identitaire de l’extrême droite renouvelée.

Dans les années 1990, l’expérience d’une deuxième génération issue de l’immigration postcoloniale a fait prendre conscience de l’importance des discriminations raciales au quotidien : il n’est pas besoin d’idéologie raciste pour nourrir un racisme systémique. Dans les médias comme à l’université, tout le monde ou presque est antiraciste, et tout le monde ou presque est blanc. Ce deuxième âge de l’antiracisme, qu’on peut dire sociologique, se place donc du point de vue des effets sur les minoritaires, et non pas des intentions des groupes majoritaires.

Dans les années 2000, et en particulier avec l’ère Sarkozy, on a davantage pris conscience du rôle des pouvoirs publics dans la production de ces logiques structurelles – depuis le ministère de l’identité nationale jusqu’à la chasse aux Roms, en passant par les campagnes répétées contre l’islam. Sans doute l’État revendique-t-il haut et fort son engagement antiraciste ; il n’empêche : la dimension raciale des politiques publiques nourrit une racialisation de la société. C’est dans ce contexte que se développe un antiracisme politique.

Racisé.e.s et blanchité

Durant les années Mitterrand, après s’être vu taxer de multiculturalisme, l’antiracisme a répondu au racisme différentialiste dans une logique color-blind, aveugle aux différences. C’est toutefois une nouvelle conception des victimes du racisme qui s’est mise en place dans les décennies suivantes. Certes, il s’agit toujours d’égalité et de droits humains ; mais plus encore qu’être victime d’insultes racistes, subir des pratiques de discriminations ou être l’objet de politiques de stigmatisation, ces expériences partagées contribuent à produire la subjectivité des « racisés ».

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le lexique condamné par le ministre de l’Éducation. Mélusine, militante féministe et antiraciste, en rappelle dans Libération l’importance et pour la réflexion scientifique et pour l’engagement politique. C’est l’assignation à une place minorée dans l’ordre social qui définit la personne racisée : « le qualificatif ne désigne pas une qualité de l’être, mais une propriété sociale. Non pas une identité sociale, mais une position dans la société, résultant d’un processus collectif. »

La racialisation qui pèse sur ces minorités raciales traverse la société tout entière. Pour cette raison, on parle aussi de blanchité, qui est « moins une question d’épiderme que de position sociale et économique dans un contexte socio-historique donné ». C’est le privilège du dominant. On peut ainsi devenir blanc, comme le montre l’histoire des Irlandais arrivés aux États-Unis au dix-neuvième siècle, ou cesser de l’être, à l’instar des Arabes-Américains après le 11 septembre 2001.

Rien à voir avec la race biologique des racistes. La « blanchité » est un concept abstrait qui a le mérite de nous éviter de prendre un substantif (« les Blancs ») pour une substance – de la même manière que parler de « racisés » nous évite de prendre pour la vérité des choses un raccourci comme « les Noirs et les Arabes ». C’est en partant de ce concept qu’on peut comprendre, non pas que la France a été blanche dans le passé, mais qu’elle est en train de le devenir, tant nos concitoyens racisés peuvent y être traités plus ou moins comme des étrangers.

Antiracisme politique et antisémitisme

Bien entendu, les nouvelles formes de racisme ne font pas disparaître les anciennes ; de même, l’antiracisme politique ne rend donc pas caduques ses versions antérieures, sociologique ou même idéologique. Puisque les racismes se croisent et s’additionnent, il faut mobiliser ensemble les différentes logiques antiracistes. L’enjeu est important. En particulier, Philippe Corcuff, politiste et militant libertaire, s’est inquiété dans L’Humanité : « Depuis 2006 et le meurtre d’Ilan Halimi, en passant par une absence attristante en 2012 après les terribles assassinats perpétrés par Mohamed Merah, des fractions significatives de la gauche radicale ont largement déserté le terrain des mobilisations contre l’antisémitisme. » Pourquoi pareil manque de vigilance face à cette « réactivation actuelle » ?

On peut faire l’hypothèse que l’antiracisme politique est mal placé pour appréhender l’antisémitisme, qui relève plutôt d’idéologies que de politiques publiques – sauf à s’aventurer sur le terrain glissant du « philosémitisme d’État », qui, pour le Parti des Indigènes de la République, serait « une forme subtile et sophistiquée de l’antisémitisme de l’État nation », mais que nombre d’organisations de gauche dénoncent comme un « slogan indigne » (le MRAP) ou « une impasse de l’antiracisme » (Ensemble). En tout cas, la proximité d’Alain Soral et de Dieudonné avec Jean-Marie Le Pen nous invite à penser d’abord l’antisémitisme au prisme de l’antiracisme idéologique qui s’est justement construit contre le Front national. Reste à voir comment articuler ces différents antiracismes, plutôt que de les opposer.

En 2015, après les attaques contre Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher, dans le Manifeste pour un antiracisme politique publié à l’initiative du réseau Reprenons l’initiative, nous avions tenté des formulations pour penser ensemble les différentes formes de racisme et refuser de choisir entre les causes : « Ceux qui font commerce politique de la xénophobie, de la rromophobie [nous dirions aujourd’hui : « de l’antitsiganisme »], de la négrophobie ou de l’islamophobie, comme d’autres en miroir de l’antisémitisme, participent d’une même logique. On joue les uns contre les autres, pour disqualifier ensuite ceux qui dénonceraient “deux poids, deux mesures”, alors que perdure le “vieil antisémitisme” qui rejette “également les juifs et les Arabes” : la dernière enquête de la CNCDH le démontre, les racismes sont liés. »

L’enjeu est bien politique : « la concurrence que certains cherchent à exacerber entre les ouvriers blancs et leurs voisins “d’origine étrangère”, ou bien entre musulmans et juifs, tout en montant les uns et les autres contre les Rroms, fait obstacle aux questions qu’il faudrait poser de toute urgence. Ce n’est pas la faute des Rroms, ni des immigrés d’Afrique, ni des Noirs ou des musulmans, si les inégalités se creusent, pas plus que la faute n’incombe aux juifs si ces racisés en tous genres sont victimes de discriminations sociales et étatiques. Lutter contre les discriminations ou contre les inégalités économiques, contre l’islamophobie ou bien contre l’antisémitisme ? Ce sont encore de fausses alternatives qui empêchent toute coalition, qui divisent ceux et celles qui devraient s’unir et unissent celles et ceux qui devraient se diviser. »

Ne pas accepter les termes du débat public tels qu’ils sont donnés, mais les reformuler pour n’en être pas prisonnier : n’est-ce pas l’enjeu, encore et toujours, d’une réflexion scientifique mais aussi militante ? Ne pas se contenter de contribuer au bruit des discours politico-médiatiques qui dominent la sphère publique et qui, sous couvert d’antiracisme, font aujourd’hui le jeu du racisme sous toutes ses formes, mais tenter de penser autrement, dans ses propres termes, tel est l’enjeu de la bataille du langage. Le ministre de l’Éducation nationale ne s’y trompe pas, qui s’en prend dans un même temps à la revendication d’une écriture inclusive (« ce n’est pas au nom du féminisme qu’on doit s’attaquer à la langue française ») et au lexique de l’antiracisme politique (comme je l’ai rappelé dans la première partie de ce billet).

Politiques de racialisation et politiques de la race

Depuis des années, je m’efforce d’étudier les politiques de racialisation. L’action publique produit en effet une racialisation qu’elle s’emploie par ailleurs à combattre. C’est manifeste dès lors qu’on se place dans la perspective, non pas des intentions proclamées, mais des résultats constatés. La ségrégation spatiale et scolaire en est une indication importante. La justification de la loi de 2004 sur les signes religieux est certes universaliste ; il n’empêche : dans ses effets, tout le monde le sait bien, elle vise le voile, et donc les musulmanes. On est ici dans une logique de discrimination indirecte : des mesures apparemment neutres affectent inégalement des groupes différents.

Sans doute dira-t-on que la religion n’est pas une race. Mais il en va de même du judaïsme ; or l’antisémitisme peut porter indifféremment sur la religion ou l’origine supposées. Faudrait-il donc croire à l’existence des races pour parler de racisme ? Ne vaut-il mieux pas penser « un racisme sans race » ? (...)

Dans mon travail de recherche, mais aussi dans mon engagement public, je n’hésite pas non plus à parler, comme dans le sous-titre du livre Roms & riverains, de politique de la race. Comment la définir ? Nous l’écrivions en 2014 dans notre ouvrage collectif (p. 40) : « C’est une politique qui justifie de traiter des êtres humains de manière inhumaine sans pour autant se sentir moins humain. Si “les Roms” étaient pleinement humains, alors, il faudrait se conduire à leur égard avec humanité ; mais puisqu’on les traite comme on le fait, et d’autant qu’on le sait, c’est bien qu’ils ne le sont pas tout à fait. » L’idée n’est pas si nouvelle : « Montesquieu avait pareillement démonté la folle rationalité de l’esclavage dans L’Esprit des lois (...)

La différence avec les politiques de racialisation, c’est que la politique de la race repose sur une discrimination directe. Les Roms sont nommés explicitement par les discours qui les visent, et même par l’action publique. (...)

Expulser sans cesse les Roms, c’est créer les conditions qui permettent ensuite de dénoncer leur manque d’intégration, voire accréditer le préjugé culturaliste selon lequel ils seraient nomades, puisqu’ils vont de squat en bidonville. Les empêcher d’avoir accès à l’eau, et ne pas faire respecter l’obligation de ramassage des ordures, c’est attiser le racisme de « riverains » qui protestent contre le manque d’hygiène de ces pauvres parmi les pauvres.

On peut d’ailleurs mesurer l’impact sur l’opinion des discours et des politiques contre les Roms (...)

Sans doute ne faut-il pas minimiser le racisme idéologique, ni les discriminations systémiques ; il n’en est pas moins vrai que l’action publique, alors qu’elle prétend souvent combattre le racisme d’en bas, et parfois se contenter de le refléter, contribue à le nourrir par un racisme d’en haut.

Racisme institutionnel et racisme d’État

Reste à discuter un terme, le plus controversé sans doute, qui justifie la menace du ministre à l’Assemblée nationale : « puisque ce syndicat a décidé de parler aussi de racisme d’État, j’ai décidé de porter plainte pour diffamation ». Pour le sociologue Michel Wieviorka, à qui Libération demande si le ministre a « bien fait » de se tourner vers la justice, la réponse est claire : « Oui, il a raison. S’il n’avait rien dit, cela signifiait qu’il laissait faire. » Quel est donc le problème ? « Parler de racisme d’État veut dire que l’État pratique et professe le racisme. C’est mettre la France sur le même plan que l’Afrique du Sud de l’apartheid ! »

Faut-il le rappeler ? C’est pourtant Manuel Valls, alors Premier ministre, qui parlait le 20 janvier 2015 d’un « apartheid territorial, social, ethnique ». Or personne n’avait alors menacé le chef du gouvernement d’une plainte. Tout au plus, à l’époque, trouvait-on sa formule exagérée. Il est vrai, j’avais tenté de le montrer, que son aveu avait-il valeur de dénégation : il déclarait qu’un apartheid « s’est imposé à notre pays », et non pas que « notre pays a imposé un apartheid. » Autrement dit, l’état de fait désignait le fait de l’État – mais comme la lettre volée d’Edgar Allan Poe, le mot n’était sur la table que pour mieux échapper au regard par son évidence même. (...)

Nombre de chercheurs répondront sans doute qu’il ne faut pas confondre « racisme institutionnel » et « racisme d’État », soit le racisme dans l’État et le racisme de l’État. C’est le cas de Michel Wieviorka, dont les travaux ont contribué à faire reconnaître le racisme institutionnel au début des années 1990 : « Il y a racisme d’État quand le phénomène se hisse au niveau de l’État. Ce qui n’est pas du tout la même chose que s’il s’agit de mécanismes inacceptables qui existent certes au sein de l’État. » En effet, selon lui, « il n’y a pas de volonté explicite, ni même l’acceptation de telles logiques de la part de l’État. Au contraire, la République donne tous les signes d’une forte mobilisation contre le racisme. » Bref, le racisme dans l’État existerait malgré l’État.

Beaucoup de personnes racisées auront du mal à partager l’optimisme du sociologue. Et le risque, c’est qu’aujourd’hui on oppose, à l’expérience des victimes du racisme, le savoir des spécialistes, soit une manière d’oublier que les premières sont parfois des chercheurs, et de souligner qu’on a tendance à se représenter les seconds comme Blancs. Le sociologue et militant antiraciste Saïd Bouamama l’a souligné lors du Forum de Reprenons l’initiative contre les politiques de racialisation à Saint-Denis, consacré en 2016 à « l’antiracisme politique (convergences et divergences) » : tout se passe comme si les mots des racisés – de l’islamophobie au racisme d’État – étaient systématiquement frappés d’illégitimité. (...)

Le 15 mai 2015, le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) s’est inquiété de « la stigmatisation croissante des Roms par le discours de haine raciale, y compris par des élus politiques », mais aussi de leur « exclusion massive » ; la France réplique alors, non seulement que « la justice condamne les propos discriminatoires tenus à leur égard », mais aussi que « l’action du gouvernement ne vise pas des populations particulières mais vise les campements en tant que tels ». La réponse contredit la défense du ministre, mais c’est pour défendre la France : sinon, sa politique pourrait légitimement être qualifiée de raciste.

Il est au moins un autre exemple, plus explicite encore, où l’expression « racisme d’État » paraît appropriée. Il s’agit des contrôles au faciès, soit une réalité avérée (...)

si l’État parvenait à censurer le vocabulaire politique, il faut supposer que la recherche sociologique serait également touchée. Plus jamais ça ? L’expression changerait de sens : on n’aurait plus le droit de parler de racisme d’État qu’au passé. On peine donc à comprendre que, à l’instar des députés, des universitaires, et même des sociologues, applaudissent le ministre. On s’étonnait déjà de la rareté des protestations contre la censure qui se répand dans le monde académique ; faudra-t-il maintenant s’habituer à ce que nos collègues s’en fassent les défenseurs ? Tout se passe comme si l’on s’accommodait aujourd’hui en France, peut-être sous prétexte d’état d’urgence, des renoncements démocratiques les plus graves. Étrange défaite…