Je voulais signaler à ceux qui ne le savent pas mais s’en foutent éperdument, que Nelson Mandela, le type qu’on a laissé croupir pendant vingt-sept ans en prison avant que des chanteurs anglais ne se décident à faire quelque chose, ce type est mort. (...)
ce qui m’intéresse, c’est qu’il existe sûrement des milliers de Rachid Mandela dans les prisons des pays musulmans. Des hommes et des femmes qui luttent pour la liberté d’expression, pour une société laïque, pour tout ce dont nous avons encore un peu la chance de jouir - même si jouir ne dure guère - dans les pays non-musulmans. (...)
Je voulais à l’origine dire qu’il y a des tas de Nelson Mandela dans des milliers de prisons et que l’on s’en contrefout totalement, parce que la liberté de parole, l’athéisme au mieux ou la laïcité au pire, on s’en fout. Je voulais dire tout cela et puis, par hasard, je tombe sur le site de propagande commerciale de la marque d’ordinateur sur lequel j’écris cette bafouille.
La page d’accueil s’ouvre sur un portrait souriant de Nelson Mandela, comme si le fantôme de l’ancien prisonnier nous disait "Putain les mecs, jouissez sans entrave et continuez à consommer de l’électronique à la con, des jeux vidéo pour vos putains de connards de gamins mal élevés, des téléphones portables pour toutes les Nabilas du monde, des tablettes pour voir la vie plus plate, téléchargez donc du bruit rythmé par ordinateur fait en Corée par un obèse qui danse, achetez des tas de merdes en ligne, moi, je m’en bat les couilles de toutes façons je suis mort."
Ça m’a fait bizarre.
Vingt-sept ans de prison pour finir en effigie commerciale pour des actionnaires milliardaires Américains qui, par ailleurs, détestent les Noirs et refuseraient de voir leurs filles coucher avec, même cinq minutes. Vingt-sept ans, c’est tellement trop long.
J’ai manqué de prendre tous les objets avec le logo de ce légume, et de les balancer par la fenêtre. Mais : je suis au rez de chaussée, et je dois finir d’écrire ce coup de colère tranquillement allongé devant le sapin de Noël de la honte intérieure bande de salopards. L’injure me sied alors que la nuit tombe, et je trouve le monde injuste. VOIRE GROTESQUE. (...)