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Marie-Claude Saliceti
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France Culture
Quelle éthique pour l’innovation ?
Article mis en ligne le 25 novembre 2019
dernière modification le 24 novembre 2019

Quand l’avancée des sciences permet d’envisager une nouvelle possibilité technique, comment répondre à des questions telles que celles-ci : devons-nous faire tout ce que nous pouvons techniquement faire ? Si non, comment faire le tri ? Comment choisir ? Et au nom de quoi ?

En 1939, Albert Einstein, invité à prendre la parole au séminaire de théologie de l’université de Princeton, déclara : « Il est indéniable que des convictions ne peuvent trouver de confirmation plus sûre que l’expérience et une pensée consciente claire. On ne peut sur ce point que donner raison aux rationalistes extrêmes. Mais le point faible de cette conception est que les convictions indispensables pour agir et pour porter des jugements ne peuvent en aucun cas être obtenues par la seule voie scientifique. La méthode scientifique ne peut en effet rien nous apprendre d’autre qu’à saisir conceptuellement les faits dans leurs déterminations réciproques. Le désir d’atteindre à une connaissance objective fait partie des choses les plus sublimes dont l’homme est capable. Mais il est d’autre part évident qu’il n’existe aucun chemin qui conduise de la connaissance de ce qui est à celle de ce qui doit être [1]. »

Le père de la relativité n’a-t-il pas dit là quelque chose d’essentiel ? Grâce à la démarche scientifique, nous sommes en effet devenus capables d’acquérir des connaissances aussi objectives que possible sur le monde, mais pour autant, la science ne peut pas tout, contrairement à ce qu’avaient espéré les scientistes radicaux, les « rationalistes extrêmes » comme les appelle Einstein. (...)

Quatre-vingt ans après la conférence d’Einstein, un tel optimisme se fait plus rare. Nous avons compris que les sciences ne traitent vraiment bien que des questions… scientifiques. Or celles-ci ne recouvrent pas l’ensemble des questions qui se posent à nous. Du coup, l’universel que les sciences mettent au jour est, par essence, incomplet. Il n’aide guère à trancher les questions qui restent en dehors de leur champ. En particulier, il ne permet pas de mieux penser l’amour, la liberté, la justice, les valeurs en général, le sens qu’il convient d’accorder à nos vies. (...)

Dès lors, quand l’avancée des sciences permet d’envisager une nouvelle possibilité technique, comment répondre à des questions telles que celles-ci : devons-nous faire tout ce que nous pouvons techniquement faire ? Si non, comment faire le tri ? Comment choisir ? Et au nom de quoi ? (...)