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Marie-Claude Saliceti
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Slate.fr
Quel sort pour Hong Kong après le tour de force de la Chine ?
Article mis en ligne le 5 juillet 2020

Une année se sera écoulée avant que le gouvernement chinois s’engage dans la voie d’une prise de contrôle autoritaire de Hong Kong. Le Parti communiste chinois ne s’est pas précipité pour prendre cette direction. Il est probable que, dans la seconde moitié de l’année 2019, tandis que des manifestations hostiles à l’interventionnisme chinois se déroulaient chaque semaine à Hong Kong, différentes tendances se sont confrontées à Pékin.

Certain·es membres du bureau politique et du Comité central jugeaient imprudent la moindre intervention de Pékin à Hong Kong. Surtout dans une période où la relation avec les États-Unis de Donald Trump n’arrêtait pas de se compliquer sous forme de guerre commerciale et de taxations douanières réciproques.

À l’inverse, d’autres voix s’élevaient à la direction du parti, pour que la Chine fasse preuve d’autorité à Hong Kong. (...)

Cette tendance répressive l’a emporté. Elle semblait bénéficier d’une nette approbation de la population chinoise. Laquelle, depuis longtemps, n’apprécie pas la liberté d’expression et de manifestation que les Hong Kongais·es mettent régulièrement en avant.
Des peines de prison à vie

De la mi-janvier à la fin mars, l’épidémie de coronavirus et un confinement généralisé en Chine ont mis tout ce débat en parenthèses. Mais fin mai, l’Assemblée nationale populaire a tenu sa session annuelle à Pékin et une loi indiquant que la sécurité nationale devait être assurée à Hong Kong a été votée à la quasi-unanimité. Ce texte amène le 31 juin au soir, le comité permanent de l’Assemblée nationale populaire à mettre en place une nouvelle loi beaucoup plus précise de « sauvegarde de la sécurité nationale à Hong Kong ». Elle permet de réprimer différents types de délits et crimes contre la sécurité : les activités subversives, la sécession, le terrorisme et la collusion avec des forces étrangères. Il est prévu que des tribunaux de Chine populaire sont compétents pour juger toute « atteinte grave à la sécurité nationale » à Hong Kong et que ce motif peut entraîner des peines de prison à vie.

Tout accusé·e pourra voir sa peine allégée s’il ou elle dénonce une autre personne (...)

Les dispositions annoncées tournent résolument le dos aux manifestant·es hongkongais·es qui ont réclamé au fil des mois davantage de démocratie. De juin à novembre 2019, ils et elles étaient plus de deux millions, sur une population de six millions, à participer à des manifestations. (...)

Aujourd’hui, ce sont des dispositions précises du statut de Hong Kong qui sont ignorées par Pékin. Lors de sa restitution à la Chine en 1997, il avait été convenu que, jusqu’en 2047, Hong Kong pouvait « gérer ses propres affaires » avec un « haut degré d’autonomie ». Dans la presse de Hong Kong, des juristes proclament sous couvert d’anonymat que les principes signés par la Chine populaire viennent d’être écrasés. (...)

En intervenant à Hong Kong, Pékin a voulu montrer qu’il s’agissait de mettre fin à la liberté de parole et de critique du pouvoir chinois qui se pratiquait sur ce territoire. Il est probable que la police chinoise a accumulé au cours des manifestations de 2019 un grand nombre de photos et de dossiers sur ceux qui protestaient. Et qu’il y a dans la population de Hong Kong des personnes qui sont prêtes à donner aux autorités chinoises les informations qui pourraient leur manquer sur un·e contestataire.

Un certain nombre de leaders du mouvement démocratique hongkongais s’empressent depuis quelques jours de quitter le territoire. La Grande-Bretagne a annoncé qu’elle est prête à en accueillir. D’autres partent vers Taïwan, vers les États-Unis ou encore le Canada. (...)

le 2 juillet, d’autres leaders des manifestations de l’an dernier ont été arrêtés au moment où ils allaient monter dans l’avion.
Mise en cause du régime de Pékin

Face à la démonstration de force du pouvoir chinois à Hong Kong, l’Europe reste prudente. Josep Borell, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, se contente de sous-entendre une contradiction dans la position chinoise (...)

C’est cependant surtout sur le plan économique que le sort de Hong Kong pourrait se jouer dans les mois qui viennent. La force du territoire repose traditionnellement sur un savoir-faire bancaire et financier exceptionnel qui en a fait un point de passage naturel d’une grande partie des échanges entre la Chine et le reste du monde. Par ailleurs, nombre de fortunes chinoises ont placé des sommes considérables à Hong Kong. Y compris des entreprises publiques qui trouvent dans le territoire des contacts bancaires qui leur sont utiles. Il n’y a pas, en Chine populaire, un centre financier aussi performant que l’est Hong Kong. (...)

Dans la conférence de presse qu’il a donnée le 1er juillet, Zhang Xiaoping, le directeur adjoint des affaires de Hong Kong et de Macao, a cherché à rassurer les milieux économiques internationaux en disant que la nouvelle loi « protégerait pleinement les droits et les libertés dont jouissait la grande majorité des habitants de Hong Kong, ainsi que les droits et les intérêts légitimes des investisseurs étrangers à Hong Kong ».

Cependant, Pékin n’a probablement pas jugé que renforcer son contrôle sur Hong Kong comportait un risque irrémédiable de détériorer la vigueur de ce centre économique. (...)

En renforçant son contrôle sur les sept millions et demi d’habitant·es de Hong Kong, le parti communiste chinois montre sa force au reste du pays, soit un milliard 400 millions de personnes.