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Reporterre
Près de Meaux, un refuge d’oiseaux menacé par un projet de décharge
Article mis en ligne le 7 mai 2019

En Seine-et-Marne, les habitants se mobilisent contre un projet d’usine de recyclage de déchets du bâtiment. Car le site choisi, une ancienne usine de sucre, est devenu un refuge pour des centaines d’espèces d’oiseaux.

« Notre département accueille déjà 80 % des déchets de toute la région. On en a marre d’être la poubelle de l’Île-de-France », tempête Yves Giulianotti, membre du collectif.

Terzéo prévoit de s’installer sur le site d’une ancienne usine de sucre, abandonnée par Béghin-Say en 2003. Soit 64 hectares de friches et d’anciens bassins, qui font aujourd’hui la joie des canards, des hirondelles, des bécassines, des grèbes à cou noir et autres gravelots. Près de 180 espèces d’oiseaux y ont été recensées ces dix dernières années, dont 89 protégées au niveau national, et 13 inscrites sur la liste rouge des espèces menacées en France. Dans ces bassins barbote aussi le pélodyte ponctué, un crapaud classé par la convention de Berne. Et la nuit, cette zone sombre fait le bonheur des volatiles nocturnes. « Depuis que l’usine a fermé, les gens viennent pour admirer des oiseaux. Ils sont presque plus nombreux que sur la zone Natura 2000 », assure Jean-Luc Eouzan, de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). L’ancienne usine jouxte en effet le site Natura 2000 des boucles de la Marne. (...)

Pour y entreprendre des travaux, Terzéo a donc demandé une dérogation obligatoire. En attendant de la recevoir, Amaury Cudeville, directeur de développement du groupe Clamens, à l’origine du projet avec Cosson (filiale du groupe Colas), détaille à Reporterre les mesures de compensation prévues. (...)

Les opposants estiment que les solutions compensatoires proposées ne sont que des « mesurettes » ne prenant pas en compte les modifications environnementales de la zone : éclairage de nuit, disparition de zones de nichage, pollution, bruit, circulation des poids lourds. « Il ne faut pas oublier que pendant trente ans, il va y avoir une activité industrielle, avec des travaux sans cesse. Puis à la fin, ils vont enterrer des déchets dangereux pour l’éternité, avant de recouvrir le tout d’une pelouse, une sorte de prairie, qui ne conviendra pas du tout aux espèces qui existent actuellement », déplore Astério Fernandez.

Les opposants montrent que le site se situe à proximité d’un captage d’eau potable qui alimente 25.000 habitants de la région. (...)

Une trêve écologiste ? Ou plutôt un sursis juridique ? Car les opposants viennent tout juste d’attaquer l’arrêté préfectoral devant le tribunal administratif. L’industriel ne voudrait pas non plus froisser les élites politiques locales, toutes opposées au projet. Même Jean-François Copé, le maire Les Républicains de Meaux, a demandé un moratoire. La campagne pour les élections municipales aurait-elle déjà commencé ? En tout cas, ce revirement politique a surpris Amaury Cudeville : « On nous a bien délivré tous les permis de construire. Nous ne ferions pas ce projet sans l’accord des élus que nous avons rencontré pendant de longs mois, sans aucune animosité. »

Samedi 13 avril, Annie Lahmer, Bénédicte Monville et Mounir Satouri, trois élus régionaux du groupe Alternative écologiste et sociale, ont rencontré les opposants à Terzéo. « Nous sommes dans un territoire peu peuplé où les gens viennent surtout dormir et ne s’y sentent pas particulièrement attachés. Le collectif Marne a réussi à créer une dynamique autour de la question des déchets. Ils ont fait pression sur les politiques, comme on le voit avec la décision de Jean-François Copé », explique Bénédicte Monville.

Le collectif rêve de transformer l’ancienne usine et ses bassins en parc naturel (...).