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Marie-Claude Saliceti
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Le Monolecte
Pourquoi la liberté d’expression n’est pas négociable
Article mis en ligne le 7 mai 2015

Une fois n’est pas de coutume, je vais réagir à chaud au billet d’un estimable confrère de clavier.

InsecteNotre ami Gauche de combat nous signale un papier qui, mettant en exergue l’absolue abjection des propos tenus par nos ennemis idéologiques et sociétaux — même s’ils tentent de nous faire accroire le contraire avec leurs faux nez populos —, recommande, une fois de plus, d’en finir avec le principe de la liberté d’expression quand elle est utilisée par ce qu’il faut bien appeler des ennemis de la démocratie et de la République

(...) Tout cela pour te dire, ami défenseur de la liberté d’expression à géométrie variable, qu’au contraire ton papier est une ode à la liberté d’expression totale et sans frein :

quand tu lis les mots de Dieudonné, alors tu n’as plus aucun doute sur la dénaturation profonde de sa pensée.

C’est grâce à la liberté d’expression que Le Pen vieux a toujours lâché les chiens et bien montré la sale gueule de son idéologie, ce qui a toujours été de nature à rendre inconfortable son soutien pour pas mal de réacs bon teint. Je trouve très bien que les fachos, les racistes, les dégueulasses de tous poils puissent vidanger sans limites la fosse à purin de leur pensée en place publique, parce qu’ainsi, il n’y a que les hypocrites qui pourront prétendre plus tard qu’ils n’avaient pas saisi l’ampleur de leur décrépitude intellectuelle, parce qu’ainsi, on peut les combattre. (...)

Si tu censures les gros dégueulasses, cela implique deux choses :

Que tu penses que les gens sont trop bêtes et influençables et qu’il faut trier pour eux ce qu’ils doivent écouter ou lire pour les faire « bien penser », ce qui est tout autant paternaliste et condescendant que contreproductif. Le problème, c’est que les fachos sont précisément d’accord avec toi sur ce point, mais pour des raisons radicalement opposées et ils s’empressent de mettre en place leur censure à eux dès qu’arrivés au pouvoir. Tu présupposes que c’est de recevoir la pensée fachotte qui rend facho, alors qu’au contraire les esprits fachos trouveront toujours à nourrir leur vision du monde jusque dans un documentaire animalier, alors qu’il est bon pour l’édification de tous et plus particulièrement des non-fachos hésitants et confus de voir sans détour la nature profonde de cette pensée afin, par exemple, de ne pas être tentés par de pseudo votes contestataires de mon cul !
Le fait de censurer les fachos et autres dégueulasses ne les fait pas miraculeusement disparaitre sous le boisseau, pas plus que cela ne fait changer d’avis leurs sympathisants. Au contraire, cela les conforte dans leur martyrologie à deux balles : "vous voyez, si on me censure, c’est parce que je dis la vérité, parce que je dérange les puissants et les vermines que je combats".
Du coup, la pensée dégueulasse poursuit son œuvre, mais de manière détournée, pour contourner la censure. Elle n’étale plus son abjection en pleine lumière, elle ne choque plus frontalement, mais elle instille insidieusement son poison, elle joue sur les mots, les images de ralliement, elle fricote avec le confusionnisme, brouillant les pistes pour contaminer plus de gens qui seraient nettement plus sur la défensive avec des discours bien crades.

En gros, les pensées abjectes sont un peu comme les blattes : elles ont toujours tendance à craindre la lumière et à s’épanouir dans l’ombre humide des caves obscures.