Les juges ont motivé très précisément pourquoi Abdelkader Merah a été acquitté de la complicité des assassinats perpétrés par son frère.
Dans le procès dit « Merah », la cour d’assises spécialement composée a jugé deux accusés durant cinq semaines, sur le fondement d’un dossier de 117 tomes, et au terme d’un débat oral contradictoire. Elle a rendu, jeudi 2 novembre, un verdict qui condamne les deux accusés pour association de malfaiteurs terroriste, mais acquitte Abdelkader Merah des faits de complicité d’assassinats terroristes.
Le frère de Mohamed Merah échappe ainsi à la réclusion criminelle à perpétuité. Il est condamné au maximum encouru pour une association de malfaiteurs de ce type : vingt ans de réclusion criminelle, avec une peine de sûreté des 2/3. Le second accusé, Fettah Malki, est condamné à quatorze ans de prison, assortis d’une période de sûreté identique. Le parquet a fait appel du verdict.
L’indignation de l’opinion
Les réactions dans l’opinion et dans les médias sont très bruyantes et témoignent, comme on dit, d’une « indignation » autour de ce verdict. Ceux là qui, pétris de certitudes –parfois fondées sur des faits rigoureusement inexacts– conspuent un verdict qu’ils qualifient « d’inique », et une défense érigée en « collabo » des « nazislamistes », expriment, par leurs cris, une colère mue par l’horreur des crimes et l’effroi qu’inspire l’idéologie islamiste. Il faut se résigner à ce que l’expression de cette haine, qui résulte de l’émotion, perdure.
Car l’innocence déclarée par une cour d’assises est souvent incomprise par l’opinion exaltée. Lorsque cette décision va à l’encontre de la vision présentée dans les médias avant le procès, qui est la vision de l’accusation —car c’est au procès que le contradictoire devient public. Et le procès d’assises, long, minutieux, est un débat oral qui permet de discuter les éléments à charge, et à décharge, établis par un dossier d’instruction. (...)