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Marie-Claude Saliceti
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Le Monde
Pourquoi choisir le discours de la peur contre les réfugiés ?
Article mis en ligne le 6 février 2018

Dans sa chronique, le chercheur au CNRS Thibault Gajdos estime qu’en matière d’immigration le gouvernement gagnerait à faire preuve de pédagogie et de courage plutôt que de reprendre à son compte un discours anxiogène et mensonger.

« Le Front national est à son plus bas, l’opposition politique inexistante, et l’économie retrouve une certaine vigueur : l’occasion est inespérée de revenir sur trente années de propagation du discours de l’extrême droite »

Selon le gouvernement, la France ferait face à une pression migratoire insoutenable. Elle ne saurait donc accueillir les réfugiés menacés dans leur pays qu’à condition d’être « intraitable » – pour reprendre les termes d’Emmanuel Macron – envers ceux qui ne relèveraient pas du droit d’asile. C’est par conséquent au nom même de l’exigence d’hospitalité que la France devrait conduire une politique migratoire d’une brutalité sans précédent depuis la seconde guerre mondiale.

PRÉTENDRE QUE LA FRANCE EST MENACÉE PAR UNE VAGUE MIGRATOIRE À LAQUELLE ELLE N’AURAIT PAS LES MOYENS ÉCONOMIQUES DE FAIRE FACE RELÈVE DU PUR MENSONGE

Ce discours ne résiste cependant pas un instant à l’analyse. Selon le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, « il y a 95 000 demandes d’asile par an, c’est-à-dire une grande ville chaque année. Si nous accueillions tout le monde, nous ne pourrions pas le faire dans de bonnes conditions ». Pour bien comprendre de quoi l’on parle, notons que la France comptait 4 réfugiés pour 1 000 habitants en 2015, contre 8 en Suisse, 15 en Suède, 24 en Turquie et 209 au Liban. Et, selon Gérard Collomb, elle serait incapable d’accueillir décemment 1,5 réfugié par an pour 1 000 habitants, soit l’équivalent du public à un concert au Stade de France ? (...)