Le rappeur sénégalais Didier Awadi est connu sur le continent africain pour son militantisme, notamment pour son engagement contre l’immigration clandestine. Alors que l’exode de plus en plus important des jeunes Sénégalais inquiète le pays, il a accepté de répondre aux questions d’InfoMigrants.
InfoMigrants : Vous avez écrit plusieurs chansons sur le thème de l’immigration clandestine et réalisé un documentaire qui s’intitule "Le point de vue du lion"*. Pourquoi ce sujet vous touche-t-il ?
Didier Awadi : Dès qu’un Africain disparaît en mer, c’est un frère qui meurt, c’est un espoir qui meurt. On n’a pas le droit de voir cette détresse et ne rien dire. Il faut s’interroger sur les raisons de ces départs : pourquoi les jeunes fuient-ils le pays ? Qu’est-ce qui les empêchent de partir de manière décente ? (...)
Dans toutes les régions de départ, on assiste à une faillite de l’État, ou à l’absence de l’État. Si les jeunes sont prêts à mourir en mer, cela signifie qu’ils n’ont même plus de rêves. C’est dramatique. (...)
Il faut savoir que chaque départ est un cas isolé. Chaque histoire est un drame. Les raisons de cet exode sont multiples. Cependant, il y a un dénominateur commun : l’indifférence des dirigeants africains face à la jeunesse. Ils ne prennent pas assez en compte ses aspirations.
Comme ils n’ont plus d’espoir, ils essayent d’aller en Europe. Tout ce qu’ils leur reste, c’est s’accrocher à une bouée, à une pirogue. Il faut savoir que les Sénégalais sont chauvins, ils veulent vivre et mourir au pays.
Mais lorsque tes espoirs sont déçus, tu tentes le tout pour le tout. (...)
On entend souvent que l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, comme si notre continent n’était que misère. Si en plus tu es noir et musulman, c’est la double peine. Tu fais peur. Nous sommes coupables rien qu’en existant.
Quand on parle des Africains, on parle de migrants mais les Européens, eux, sont des expatriés. Le système est inégalitaire. Je pense que n’importe qui sur cette terre devrait avoir le droit de circuler n’importe où dans le monde. (...)
Le vrai drame c’est ça : la fuite de la jeunesse. Ce sont les forces vives qui s’en vont. Je dis souvent que personne ne va construire l’Afrique à notre place. Nous, les artistes, nous avons aussi un rôle à jouer. Nous devons être influents pour que les dirigeants nous prennent en compte, et pas uniquement au moment des élections. Il faut que les jeunes aient confiance en eux-mêmes et en ce continent. (...)