Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Blog Alternatives Economiques
Pour le climat et la biodiversité, il faut d’urgence « verdir le mammouth » (l’éducation nationale)
Article mis en ligne le 1er juin 2019
dernière modification le 30 mai 2019

Pour éviter le plus possible les drames écologiques et humains qui s’annoncent et dont nous voyons déjà de premières et graves manifestations dans le monde, bien des politiques doivent être engagées vite, et bien des comportements individuels et collectifs doivent changer radicalement.

Pourquoi alors mettre en avant le rôle de l’enseignement, qui peut sembler accessoire au regard de ce qui est habituellement et fort justement cité : en finir au plus vite avec les énergies fossiles, investir massivement dans des modes de transport peu ou non émetteurs et dans la réhabilitation thermique de tous les logements et bâtiments, passer à l’agroécologie et manger autrement, et surtout faire de la sobriété matérielle et énergétique une norme collective compatible avec la justice des efforts requis, ce qui passe aussi par la contestation du culte de la croissance et par la redéfinition des politiques économiques, etc. ?

Pour une raison simple : rien de tout cela ne se fera - avec une ambition suffisante, donc vite et fort - sans d’énormes pressions citoyennes, lesquelles dépendent de l’ampleur de la prise de conscience des périls (et des solutions) par les peuples, au sein desquels la jeunesse est appelée à jouer un rôle majeur et croissant, ce qui a commencé mais encore timidement. (...)

On voit alors à quel point des enseignements obligatoires des questions du climat et de la biodiversité dans tous les cycles éducatifs peuvent changer les choses en stimulant une sorte de révolution culturelle poussant à l’action pour modifier non seulement les pratiques personnelles mais aussi et surtout les politiques locales et globales. Même s’il est vrai que l’éducation, les savoirs et la culture des individus passent par d’autres voies que l’enseignement (les proches, les médias, les réseaux dits sociaux, la pub…), ce dernier reste un pivot central (...)

PRISE DE CONSCIENCE : ON EST LOIN DU COMPTE, ET L’IRRESPONSABILITÉ DES INSTITUTIONS ÉDUCATIVES N’Y EST PAS POUR RIEN

Avec toutes leurs limites, les enquêtes d’opinion laissent penser que la prise de conscience des périls, même si elle tend à progresser, reste bien trop faible, notamment chez les jeunes. D’après un sondage Opinion Way récent, 23 % des Français.e.s déclarent « ne pas croire au réchauffement climatique ». Ce chiffre monte à 36 % chez les 18-24 ans, et 28 % chez les 25-34 ans. C’est aussi effarant que compréhensible dans un environnement de matraquage consumériste et avec un système éducatif qui ne fait presque aucune place à ces enjeux pourtant déterminants pour l’avenir. (...)

il n’est pas évident de se préoccuper du sort de la planète et de l’humanité dans 10 ou 20 ans quand les problèmes de fin du mois commencent le 15 tous les mois. Et ce ne sont pas les scandaleuses provocations de Pascal Praud et de ses acolytes sur CNEWS qui peuvent leur fournir des informations fiables.

Un argument choc ou populiste de ces manipulateurs de vérité est, en suivant d’ailleurs les discours répétés de Trump ou ceux de Claude Allègre : il fait très froid ce matin, alors votre réchauffement climatique, c’est du bidon. Pour peu que vous soyez une femme, vous devenez alors automatiquement une hystérique à leurs yeux si vous les contestez (j’ai signé cette pétition). Si vous êtes un homme, vous pouvez vous en sortir avec le titre de Khmer vert. C’est avec ce genre d’argument à la noix qu’on peut affirmer que la terre est plate, vu qu’en dehors de ceux qui ont effectué des vols spatiaux, personne n’a jamais constaté directement sa rotondité.

Ce qui précède fournit pourtant un des innombrables exemples (on en trouve d’autres dans ce texte de Marie Duru-Bellat, « Le défi du climat doit être aussi un défi pour l’école  ! ») où des enseignements obligatoires scientifiquement fondés et pédagogiquement adaptés pourraient faire la différence et conduire les Praud et consorts à retourner commenter le sport après avoir été sanctionnés pour falsification de l’information sur un sujet d’intérêt vital. (...)

Ensuite, on peut s’appuyer sur cet autre excellent texte de jeunes exigeant que le climat et la biodiversité soient « vraiment enseignés à l’école ». Ce texte, qui portait sur la réforme, alors en cours de discussion, des programmes des lycées, venait lui-même en appui à une tribune parue dans Médiapart « Assurons à nos lycéens une solide éducation scientifique au climat et à la biodiversité ! » cosignée notamment par Valérie Masson Delmotte, paléo-climatologue, Gilles Boeuf, biologiste, président du conseil scientifique de l’Agence française pour la biodiversité. (...)

Le socle des connaissances fiables est désormais large et solide et de toute façon la formation d’une conscience sociale-écologique citoyenne doit faire une large place aux débats, plus efficaces que les seuls enseignements magistraux pour faire bouger les mentalités.

COMMENT « VERDIR LE MAMMOUTH » ?

Il appartiendrait à des collectifs composés d’enseignants, de membres de l’administration, de chercheurs et de membres d’ONG spécialisées, de définir les contenus et les modalités de ces enseignements obligatoires de la sixième à la terminale. Mais certains y ont déjà réfléchi.

D’abord, cette lettre ouverte, adressée aux Ministres Blanquer et De Rugy, publiée par Mediapart, du collectif « Enseignant.e.s Pour la Planète », qui a lancé en début d’année un appel, signé par plus de 5000 de leurs collègues, contient d’intéressantes propositions pour « verdir » profondément l’enseignement, ses pratiques comme ses programmes. Ce que propose actuellement le gouvernement est consternant. (...)

Un monde en transition se construit par des citoyens et citoyennes éclairé·e·s responsabilisé·e·s et autonomes dans leurs réflexions. À l’heure des réseaux sociaux et de leur flux continuel d’informations souvent contradictoires et imprécises, il est essentiel que nous possédions des connaissances solides sur ces sujets dès le plus jeune âge. À l’heure où les populations les plus vulnérables souffrent déjà cruellement des dérèglements climatiques, il est inadmissible que notre accès à une information de qualité soit limité à une acquisition via nos engagements personnels ou, au mieux, par le choix d’un cursus spécialisé » (...)