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Marie-Claude Saliceti
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Infomigrants
Portugal : l’essor économique, un facteur de risque d’exploitation des migrants
Article mis en ligne le 20 juin 2022

Au Portugal, le besoin croissant en main-d’œuvre bon marché a créé des opportunités pour les migrants. Mais il est également exploité par les réseaux de traite d’êtres humains. Un groupe d’experts lance un appel aux autorités.

Lorsqu’au printemps et en été la récolte des fruits et légumes bat son plein, les journées de travail semblent interminables pour les migrants dans des régions d’Almeirim et d’Alentejo, dans le sud du Portugal.

La demande de produits provenant dans cette partie de l’Europe ne cesse de croître. Pour les agriculteurs, les travailleurs migrants sont généralement moins chers et plus simples à trouver que de la main d’œuvre portugaise.

Cet essor du secteur agricole offre parallèlement des opportunités aux trafiquants, qui recrutent et exploitent des migrants vulnérables.

Le Portugal a commencé à s’attaquer au problème, mais le Groupe d’experts sur la lutte contre la traite des êtres humains (GRETA) du Conseil de l’Europe estime que le gouvernement doit en faire davantage, notamment pour les demandeurs d’asile. (...)

Toute personne recrutée et trompée pour être exploitée, que ce soit sexuellement, par le travail forcé, pour de la mendicité, sous la forme d’esclavage ou encore pour le prélèvement d’organes est considérée comme étant une victime de traite d’être humains.

Entre 2016 et 2020, plus de 1 150 victimes de ces crimes ont été recensées au Portugal, selon un rapport du GRETA publié cette semaine.

La majorité d’entre elles viennent d’Inde et presque toutes ont été exploitées au travail. Il ne s’agit là que des victimes connues, des personnes qui ont réussi à s’échapper ou qui ont osé se signaler.

Pourtant, comme l’a révélé l’enquête du GRETA, aucun demandeur d’asile ne figure dans la liste des victimes recensées, bien que les demandes d’asile sont en hausse. "Le GRETA s’inquiète de ce manque d’identification [des victimes de la traite parmi les demandeurs d’asile], explique Daniela Ranalli, membre du secrétariat du groupe. (...)

Passer entre les mailles du filet

Le Portugal s’est efforcé d’améliorer son système d’identification des victimes et de poursuite judiciaire des trafiquants d’êtres humains. Le pays a fait quelques progrès, selon Daniela Ranalli, du GRETA. Mais les méthodes de recensement sont encore limitées et il semble évident que de nombreux trafiquants passent entre les mailles du filet. (...)

Par ailleurs, certaines personnes ne réalisent pas qu’elles sont exploitées, de par la barrière de la langue mais aussi le manque de connaissance de ses droits.
Lenteur des procédures (...)

le système portugais actuel rend l’accès à une assistance juridique très compliquée aux sans-papiers. Il faut en effet remplir plusieurs conditions, dont celle d’être en situation régulière, explique Daniela Ranalli.

Et bien que la loi portugaise prévoit d’accorder un droit de résidence aux victimes de traite d’êtres humains, la procédure d’une demande de permis de séjour peut parfois prendre jusqu’à deux ans. (...)