Les départements du Nord et du Pas-de-Calais ont enregistré davantage de départs en bateau dans la Manche ces deux derniers mois qu’à la même période l’année dernière. Et ce malgré les renforts policiers annoncés par le ministère de l’Intérieur. Un constat qui interroge même certains policiers sur l’efficacité du dispositif.
Pas de vacances pour les migrants qui veulent traverser La Manche. Alors que la saison touristique bat son plein dans le Pas-de-Calais, les tentatives de traversées vers le Royaume-Uni sont toujours aussi nombreuses.
Près de 8150 migrants répartis dans 180 embarcations ont tenté de traverser la Manche entre début juin et fin juillet contre environ 7700 sur la même période en 2022, selon les chiffres de la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord.
Pourtant, les forces de l’ordre sont de plus en plus nombreuses le long du littoral. "Plus on met d’effectifs, plus ça part. C’est quand même fou", confie, médusée, la source policière à InfoMigrants. "Ce n’est pas parce que nous sommes là qu’ils arrêtent de partir. En revanche les passeurs changent de stratégie et privilégient des départs en plus grands nombres, comme ça seuls quelques bateaux sont empêchés", complète le fonctionnaire. (...)
Ces renforts s’inscrivent dans l’accord passé entre le Royaume-Uni et la France pour tenter d’endiguer l’immigration clandestine qui a atteint 45 000 traversées en 2022, un record. "J’ai conclu un accord avec la France qui permettra d’arrêter les bateaux à la source avant qu’ils ne traversent la Manche", s’est encore félicité le Premier ministre conservateur britannique, Rishi Sunak dans une vidéo postée sur Twitter ce lundi (...)
Début mars, le Royaume-Uni s’est en effet engagé par écrit à verser 500 millions d’euros sur quatre ans à la France pour militariser davantage la frontière maritime, dont 141 millions d’euros pour l’année 2023-2024. Un accord dont se sont félicités les ministres de l’Intérieur des deux pays, mais qui donne des sueurs froides aux associations d’aide aux migrants à Calais : "Ils devraient donner l’argent directement aux passeurs ! Parce que c’est ce qui arrive quand on militarise une frontière", ironisait déjà en 2021 auprès d’Infomigrants Pierre Roques, un militant de l’association Utopia 56, aujourd’hui coordinateur de l’Auberge des migrants à Calais.
"Les personnes partent de toujours plus loin" (...)
"Face à cette répression accrue, les personnes partent de toujours plus loin. Nous avons reçu des appels de groupes sur tout le littoral, de la frontière belge jusqu’à Berck, soit une zone d’environ de 130 km de côte multipliant parfois la distance de traversée par 3 ou 4 et augmentant énormément les risques", indique le rapport.
En juillet, les conditions météorologiques ont été moins bonnes qu’en juin, ce qui n’a pas pour autant ralenti les départs. (...)
Les passeurs rusent d’intelligence
Force est de constater que plus les forces de l’ordre sont visibles à la frontière, plus les passeurs rusent d’intelligence pour tromper leur vigilance. Ces derniers temps, c’est le phénomène des bateaux-taxis qui se développe. (...)
En outre, alors que les passeurs faisaient monter une trentaine de migrants par embarcation jusqu’en 2023, cette moyenne a grimpé à 40-50 personnes par bateau ces derniers mois, ce qui rend les opérations de sauvetage en mer de plus en plus complexes selon Véronique Magnin : "On a eu des opérations très délicates au début de l’année. Ce sont souvent des bateaux souples qui se plient au milieu avec les effets de houle, et un boudin qui n’est pas compartimenté, en d’autres termes, si ça se perce d’un côté, ça se dégonfle complètement."