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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Photos de suspects et propos racistes : le tableau de chasse d’un policier pro-Zemmour sur Telegram
#extremeDroite
Article mis en ligne le 5 janvier 2023

Pendant plusieurs mois, Auxane J., gardien de la paix au commissariat du Kremlin-Bicêtre, a posté des photos et des vidéos d’interpellés, et divulgué leurs antécédents judiciaires. Fin décembre, la préfecture de police de Paris a signalé à la justice le comportement de ce fonctionnaire, épinglé par un groupe antifasciste québécois.

Auxane J. en a marre de la France. Il n’en peut plus. « Mon pays se détruit devant mes yeux et je ne peux rien y faire », se désole le jeune homme de 25 ans sur Telegram, le 29 août 2022. « Je ne veux plus me battre pour ce peuple, je ne veux plus protéger cette population qui veut se faire remplacer. » 

Sa décision est prise : au 1er décembre, ce gardien de la paix en poste au commissariat du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) quitte la police. Avec sa compagne, ils ont prévu d’émigrer en janvier 2023 au Québec, une province qu’il imagine plus « épargnée par la diversité » que la France. Là-bas, il compte se reconvertir dans l’informatique. 

Quatre mois avant son départ, Auxane J. a rejoint un canal confidentiel sur la messagerie instantanée Telegram, « Membres Nomos-TV », réunissant un peu plus de deux cents abonnés payants à la « première webtélé patriote du Québec ». Nomos-TV a été montée par Alexandre Cormier-Denis, figure de l’extrême droite québécoise issue du souverainisme. Il anime lui-même le canal Telegram réservé aux membres, approuvés un par un. 

Lorsqu’il intègre le groupe, Auxane J. ne fait pas mystère de sa profession. On pourrait même dire qu’il s’en vante. (...)

« Ça fait quatre ans que je suis dans la police, j’ai mis en garde à vue cinq personnes au total dont le prénom était français ou occidental disons », affirme-t-il le 31 août. « Tout le reste c’est du prénom africain/maghrébin ou pays de l’Est. » (...)

Son manque de discrétion – Auxane J. donne de nombreuses indications permettant de l’identifier et pose en uniforme, face à un miroir – a attiré l’attention d’un groupe antifasciste montréalais infiltré dans le canal Telegram. Le 8 décembre, ces militants consacrent un article très documenté à Auxane J., « le policier raciste qui s’en vient vivre à Québec », en croisant ses publications dans le groupe et sur d’autres réseaux sociaux. La publication déclenche une vague de panique dans le canal Telegram de Nomos-TV, sur lequel le policier cesse de s’exprimer dès le lendemain. (...)

Sollicitée par Mediapart, la préfecture de police de Paris indique qu’à la suite de « la parution de l’article de presse québécoise, le préfet de police a signalé ce gardien de la paix à l’autorité judiciaire le 26 décembre 2022, au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, son comportement pouvant relever de qualifications pénales ». (...)

Mediapart a eu accès à l’intégralité des archives du groupe Telegram depuis son intégration fin août. Membre du parti Reconquête, dont il exhibe la carte d’adhérent auprès de ses camarades, Auxane J. affirme avoir assisté au meeting d’Éric Zemmour au Trocadéro et se désole que les Français, « un vrai peuple de dégénérés », n’aient accordé que 6,9 % des suffrages à son candidat. (...)

Manifestement, Auxane J. fait primer ses convictions sur certaines de ses obligations de policier : le devoir de réserve, le secret professionnel, la confidentialité des fichiers de police. Au risque de s’attirer des ennuis disciplinaires et des poursuites pénales. (...)

Le 2 novembre, le policier poste deux photos d’un accident de la route, avec le commentaire « Sélection naturelle ». « Que s’est-il passé ? », lui demande un internaute. « Deux babouche-man qui roulaient à plus de 130 km/h en plein centre-ville », dit-il, affirmant qu’ils sont morts sur le coup. « Simplement deux babouins », conclut le policier. (...)

Auxane J. n’a jamais manifesté la moindre inquiétude sur la confidentialité des échanges au sein du groupe, à une exception près. « On est sûr qu’il n’y a pas “d’infiltré” dans ce canal ? », demande-t-il à la cantonade le 9 novembre. « Car on ferait vite la une d’un Mediapart [émoji qui pleure, émoji qui rit]. » L’animateur du groupe, Alexandre Cormier-Denis lui répond : « On est sûr de rien du tout. »