Malgré leur revers du 29 septembre au tribunal de commerce d’Épinal, les ex-salariés d’UPM-Docelles ne renoncent pas à faire redémarrer la plus vieille papeterie de France.
Ayant élaboré un plan de reprise en Scop avec 115 emplois, ils se heurtent à la multinationale UPM qui refuse de leur céder l’outil industriel et préfère laisser la papeterie à l’abandon. Ils lancent aujourd’hui un appel à soutien financier pour aller en Cour d’appel. Entretien avec Nicolas Prévot, ancien délégué CFE-CGC, porteur du projet et président de l’association Sauvez la papeterie de Docelles. (...)
Ce plan, mobilisant 12 millions d’euros de fonds de roulement, a reçu le soutien du Conseil régional de Lorraine et du Conseil général des Vosges, l’agrément de l’Union régionale des Scop et un financement de deux banques. Notons que notre plan reposait sur la fabrication d’emballages alimentaires, secteur sur lequel UPM n’est pas présent. Nous n’aurions donc pas été concurrents. Au moment de l’élaboration du plan social, UPM expliquait qu’il laisserait volontiers la papeterie pour un euro symbolique. Une fois les licenciements actés, ils ont exigé une offre de notre part. Nous en avons proposé trois millions d’euros, qui correspondaient à ce que nous pouvions financer. Ils ont rejeté notre offre en en exigeant dix millions, et ce, alors qu’aucune offre de reprise concurrente n’existe. En clair, ils préfèrent laisser à l’abandon l’outil industriel.
Devant cette volte-face que nous interprétons comme un non respect du plan social, nous avons immédiatement porté deux plaintes : l’une auprès des Prud’hommes en tant que salariés, l’autre au Tribunal de commerce en tant qu’acquéreur. À la demande d’UPM, le Tribunal de commerce s’est désisté au profit des Prud’hommes. Aux prud’hommes, UPM a ensuite plaidé l’incompétence pour faire renvoyer l’affaire au Tribunal de commerce, ce qu’il a obtenu. Retour donc au tribunal de commerce qui nous a débouté de nos demandes le 29 septembre 2015. (...)
Nous voulons saisir la Cour d’appel parce qu’on peut supposer que derrière la décision du tribunal de commerce, il y a le Medef. N’oublions pas que les juges de première instance sont des chefs d’entreprise alors que la cour d’appel est composée de juges professionnels qui auront peut-être un regard différent. Notre argumentation est solide. Dans le plan social du 13 décembre 2013, UPM s’engageait à céder la papeterie à la condition qu’il y ait un minimum de 90 emplois et l’hypothèse d’une société coopérative formée par les anciens salariés était expressément indiquée. Jean-Marc Louvet, Président d’UPM France, avait oralement indiqué devant témoins que pour nous, la cession se ferait à l’euro symbolique. Monsieur Payet, ancien préfet des Vosges avait lui-même confirmé cet engagement d’UPM dans la presse. Dès que les licenciements ont été avalisés par l’administration, UPM est revenu sur sa promesse.
Notre demande a été déposée le 2 novembre auprès de la Cour d’appel et nous espérons un jugement avant la fin du premier trimestre 2016. (...)
Pour aller en cour d’appel, il nous faut réunir la somme de 3000 euros. Nous avons lancé un appel à financement sur la plateforme helloasso.com. Nous compléterons ce dispositif par un marché solidaire le samedi 21 novembre de 15h à 21h qui se déroulera dans l’ancienne papeterie Lana de Docelles que la mairie, qui nous a toujours soutenu, met à notre disposition. (...)
Une cinquantaine de maires des environs se sont engagés à nos côtés contre la désertification de notre région. Plusieurs parlementaires nationaux comme européens, de droite comme de gauche se sont prononcés en notre faveur. Nombre d’entre eux ont écrit à François Hollande sans jamais avoir reçu la moindre réponse.
Nous sommes sidérés de l’attitude de l’exécutif qui n’est pas à la hauteur ou qui semble plutôt travailler en faveur d’UPM. Il dit qu’il faut favoriser les entreprises en capacité de créer de l’emploi. Il serait temps qu’il mettre ses actes en rapport avec ses paroles. Il parle de s’en prendre aux casseurs mais visiblement, on ne parle pas des mêmes casseurs. (...)