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Marie-Claude Saliceti
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Amnesty International
Ouïghours, Kazakhs et autres minorités musulmanes victimes de crimes contre l’humanité
Article mis en ligne le 27 janvier 2022

En Chine, des centaines de milliers de personnes musulmanes sont internées, torturées et persécutées dans des camps dits de «  transformation par l’éducation  ». Le but  ? L’assimilation à une nation laïque et homogène par l’élimination de leurs traditions religieuses et culturelles.

Dans notre enquête inédite, plusieurs dizaines de témoignages d’anciens détenus détaillent les mesures prises par les autorités chinoises, depuis 2017, pour éliminer les traditions religieuses, les pratiques culturelles et les langues des minorités ethniques musulmanes de la région du Xinjiang. Ces mesures répressives sont orchestrées à grande échelle par l’État et s’apparentent à des crimes contre l’humanité.

Perpétrés sous couvert de lutte contre le "terrorisme ", les emprisonnements, les tortures et les persécutions visent les minorités musulmanes du Xinjiang : les Ouïghours, les Kazakhs, les Huis, les Kirghizes, les Ouzbeks et les Tadjiks. (...)

Un environnement dystopique cauchemardesque

Les autorités chinoises ont mis en place l’un des systèmes de surveillance les plus sophistiqués au monde et un vaste réseau composé de milliers de sinistres centres de "transformation par l’éducation" – en réalité, des camps d’internement – dans tout le Xinjiang. Dans ces camps, le recours à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements est systématique et chaque aspect de la vie quotidienne est régenté. L’objectif  ? Constituer de force une nation laïque et homogène et inculquer les idéaux du Parti communiste.

Les autorités chinoises ont créé un environnement dystopique cauchemardesque à une échelle stupéfiante dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Les Ouïghours, les Kazakhs et les autres minorités musulmanes sont victimes de crimes contre l’humanité et d’autres graves violations des droits humains qui menacent de faire disparaître leur identité religieuse et culturelle.

Un nombre incalculable de personnes subissent un endoctrinement, des actes de torture et d’autres mauvais traitements dans des camps d’internement, tandis que des millions d’autres vivent dans la peur, se sachant à la merci d’un dispositif de surveillance tentaculaire. (...)

Emprisonnement massif

Depuis début 2017, un grand nombre d’hommes et de femmes appartenant à des minorités ethniques à majorité musulmane du Xinjiang ont été détenus arbitrairement. Cela englobe à la fois les centaines de milliers de personnes emprisonnées – peut-être un million, voire plus - qui ont été envoyées dans des camps d’internement. (...)

La vie dans les camps

Dès l’arrivée d’une personne dans ces camps de type carcéral, sa vie est extrêmement régentée. Elle n’a plus de vie privée ni d’autonomie et se voit infliger des châtiments sévères – parfois collectifs – au moindre acte de désobéissance. Les personnes internées ont l’interdiction de se parler et sont durement punies lorsqu’elles répondent à des gardiens ou d’autres membres du personnel dans leur langue maternelle au lieu du mandarin. Chaque activité quotidienne est définie à l’avance et le comportement des personnes détenues est constamment suivi et évalué.

Une femme détenue parce que l’application WhatsApp était installée sur son téléphone a déclaré  : "On se levait à 5 heures et on devait faire son lit, il fallait que ce soit parfait. Ensuite, il y avait la cérémonie de lever de drapeau et de prestation de serment. Puis on allait au réfectoire pour le petit-déjeuner. Puis en classe. Puis c’était le déjeuner. Retour en classe. Dîner. Encore des cours. Enfin, le coucher. Chaque nuit, deux personnes étaient “de permanence” [pour surveiller leurs compagnes ou compagnons de cellule] pendant deux heures [...] On n’avait pas une minute à soi. C’est épuisant." (...)

Dans les premières semaines, voire les premiers mois de leur internement, les personnes détenues sont généralement contraintes à rester assises ou à genoux dans leur cellule, sans bouger et en silence, pendant la majeure partie de la journée. Après cette période, elles sont habituellement soumises à une "éducation" forcée, qui consiste à les endoctriner pour qu’elles désavouent l’islam, renoncent à leur langue et leurs pratiques culturelles, apprennent le mandarin et étudient la propagande du Parti communiste chinois.

Outre les moments où elles sont escortées par des gardiens pour se rendre au réfectoire, en classe ou en interrogatoire, les personnes détenues ne quittent pratiquement jamais leur cellule. Ainsi, elles ne voient que peu la lumière du jour et peuvent rarement profiter d’un espace extérieur ou faire de l’exercice. (...)

Recours systématique à la torture

Chaque ancien détenu que nous avons interrogé a subi des actes de torture ou d’autres formes de mauvais traitements.

Il s’agissait notamment des effets psychologiques cumulés de la déshumanisation quotidienne dont ils faisaient l’objet. Ils étaient également soumis à de la torture physique, laquelle pouvait prendre diverses formes comme des coups, des décharges électriques, de la détention à l’isolement, de la privation de nourriture, d’eau ou de sommeil et l’utilisation abusive de méthodes d’immobilisation notamment la “chaise du tigre”.

Plusieurs personnes ont indiqué avoir été maintenues dans un tel siège pendant 24 heures, voire davantage. Nous avons appris qu’un détenu serait mort après avoir été immobilisé sur une chaise du tigre pendant 72 heures, sous les yeux de ses compagnons de cellule, qui avaient l’interdiction formelle de l’aider. Pendant cette période, il aurait été obligé d’uriner et de déféquer sur lui. (...)

Surveillance d’État (...)

À l’intérieur comme à l’extérieur des camps, les musulmans du Xinjiang sont parmi les populations les plus étroitement surveillées au monde. (...)

Persécutions religieuses (...)

Dissimulation de grande ampleur

L’État chinois ne recule devant rien pour dissimuler les violations du droit international relatif aux droits humains dans le Xinjiang. Menaces, arrestations, maltraitances  : c’est ce qu’encourt quiconque ose s’exprimer ouvertement. (...)

Nos demandes

  • La Chine doit démanteler immédiatement les camps d’internement, libérer les personnes détenues arbitrairement dans ces lieux et dans les prisons, et mettre fin aux attaques systématiques contre les musulmans du Xinjiang.
  • La communauté internationale doit s’exprimer et agir à l’unisson pour que cessent ces atrocités, une bonne fois pour toutes. Il faut que les Nations unies créent et déploient de toute urgence un mécanisme d’enquête indépendant afin que les responsables présumés de crimes de droit international soient amenés à rendre des comptes.

La Chine accueille les JO... et enferme des musulmans dans des camps

Le 4 février 2022 marque le début des Jeux olympiques d’hiver de Pékin. Un événement sportif très médiatisé que la Chine utilise pour redorer son image. Nous ne le permettrons pas. Tant que le gouvernement continuera à bafouer la liberté d’expression et à se rendre responsable de violations terribles des droits humains, notamment d’atrocités envers les Ouïghours et autres minorités musulmanes, nous continuerons à les dénoncer. (...)