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On peut se passer d’auto dans le rural, montrent l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche
Jean Sivardière est vice-président de la Fnaut (Fédération nationale des associations d’usagers des transports).
Article mis en ligne le 24 novembre 2018
dernière modification le 22 novembre 2018

(...) 1. Le prix des carburants en France n’a rien d’exorbitant
Il se situe dans la moyenne européenne. Il est aujourd’hui d’environ 1,51 € (gazole) et 1,54 € (SP 95). Il se situe, en gros, dans la moyenne européenne. Il est moins élevé en Espagne (1,28 € et 1,33 €) et en Allemagne (1,38 € et 1,48 €). Il est plus élevé au Royaume-Uni (1,56 € et 1,49 €), en Italie (1,57 € et 1,66 €) ou encore en Norvège (1,70 € et 1,76 €).

D’autre part, le prix réel des carburants (rapporté au pouvoir d’achat, c’est-à-dire à la valeur du Smic) a fortement diminué depuis 1970

2. La priorité : se dégager de la dépendance automobile
La hausse récente du prix des carburants est souvent attribuée, à tort, à la hausse des taxes : c’est la hausse du cours du pétrole qui en explique les trois quarts. C’est donc à la dépendance automobile qu’il faut s’attaquer, beaucoup d’automobilistes le souhaitent et réclament des alternatives crédibles à l’usage quotidien de la voiture. Les aides financières doivent être réservées aux automobilistes de condition modeste et habitant dans des zones encore dépourvues de tout transport collectif aux heures où ils se rendent à leur travail.

Les taxes sont nécessaires pour modérer l’usage de la voiture et la facture pétrolière (déjà proche de 50 milliards d’euros par an), contribuer à la lutte contre la pollution de l’air et le réchauffement climatique. Le trafic automobile absorbe en effet près des trois quart du pétrole consommé dans les transports (...)

3. Le transport collectif peut être développé dans les zones périurbaines et rurales
Selon Élisabeth Borne, ministre des Transports, « les transports publics réguliers répondent bien aux besoins des zones denses, pas des autres. Dans les zones de faible densité démographique, il faut désormais promouvoir et développer des solutions beaucoup plus simples : le covoiturage, le transport à la demande… ». Mais, comme le dit un internaute : « J’habite dans un hameau, je vais bosser en ville, je vais covoiturer avec qui, un chevreuil ? »

La ministre est mal informée, le sous-développement des transports publics dans les zones périurbaines et rurales n’est pas une fatalité. De nombreux exemples en Europe montrent que ces territoires peuvent être desservis à des coûts raisonnables par des trains ou des cars, avec une amplitude horaire et des fréquences élevées, des horaires adaptés aux déplacements domicile-travail et des tarifs attractifs. Il est alors possible à un automobiliste de se rabattre par un moyen individuel (voiture, vélo ordinaire ou à assistance électrique…) vers une gare ou un parking relais, et d’économiser beaucoup de carburant.(...)

La ligne Merano-Malles, située dans le Tyrol italien, fermée en 1991, offrait une desserte squelettique de 4 ou 5 allers-retours quotidiens comme nombre de lignes régionales françaises. Elle a été rouverte en 2005 grâce aux collectivités locales, malgré les habituelles oppositions (trop cher, personne n’utilisera le train, tout le monde a une voiture…). Une offre ambitieuse a été mise en place : un train par heure de 5 h à 23 h. Résultat : 2,7 millions de voyageurs en 2010, soit environ 7.000 par jour ! Le succès est tel que l’électrification de la ligne et l’achat de rames électriques plus capacitaires viennent d’être décidés. Il ne s’agit pas d’une zone de forte densité de population, mais d’une région rurale. (...)

Le réseau d’autocars Landbus Bregenzerwald (20 lignes) dessert l’ouest de l’Autriche : 30.000 habitants, une densité démographique comparable à celle de nombreux départements français (Jura, Préalpes). Les cars circulent de 7 h à 20 h à la fréquence d’un service par heure. Sur 3 lignes, la fréquence est même de 30 minutes et le service se prolonge jusqu’à minuit. Tout village est desservi par 8 à 12 allers-retours quotidiens. Les correspondances entre lignes sont assurées systématiquement. La tarification est simple et attractive, elle intègre les réseaux urbains. (...)

Il faut donc consacrer une part accrue du produit des taxes à l’extension des aménagements cyclables et des transports publics ferroviaires et routiers, en priorité dans les territoires périurbains et ruraux où ils sont sous-développés et où de nombreuses « petites lignes » sont menacées de disparition ; et rétablir le taux de TVA à 5,5 %, au lieu de 10 %, sur les transports publics.