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Marie-Claude Saliceti
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l’Humanité
Naufrage en Grèce : « Ils appelaient à l’aide et les gardes-côtes n’ont rien fait »
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Article mis en ligne le 16 juin 2023

Le drame survenu le 14 juin, au large des côtes grecques, pourrait avoir coûté la vie à 650 exilés. L’inaction des autorités maritimes et de l’agence Frontex de gardes-frontières met en évidence l’inhumanité des politiques migratoires à l’œuvre au sein de l’Union européenne.

« Ce n’est pas un accident, c’est un meurtre ! » dénonce le sauveteur en mer grec Iasonas Apostolopoulos, qui, en juillet 2022, avait témoigné devant le Parlement européen à propos des refoulements illégaux pratiqués par les gardes-côtes grecs, avec la complicité de l’agence européenne Frontex de gardes-frontières et de gardes-côtes.

Il les accuse aujourd’hui d’avoir délibérément laissé mourir les 750 exilés à bord du bateau de pêche qui a chaviré dans la nuit du 13 au 14 juin, à 47 milles marins des côtes de Pylos, dans le Péloponnèse. C’est probablement le plus grand naufrage de l’histoire moderne de la Grèce et l’un des plus importants de la dernière décennie dans toute la Méditerranée. (...)

Dans les cales de cette embarcation d’à peine 30 mètres, certains survivants évoquent la présence d’une centaine d’enfants. Aucun d’entre eux n’aurait été retrouvé. Pas une femme non plus. Ce jeudi 15 juin, au matin, les recherches continuaient… sans grand espoir. (...)

Les autorités helléniques accusées d’avoir abandonné les naufragés

« Les gardes-côtes grecs étaient au courant de la présence du bateau depuis hier après-midi et ne les ont pas sauvés, a dénoncé Iasonas Apostolopoulos sur les réseaux sociaux mardi midi. (…) Ils avaient 24 heures pour lancer une opération de sauvetage et n’ont rien fait. (…) L’excuse ? Les réfugiés ne voulaient pas être secourus ! » C’est en effet la raison donnée par les autorités helléniques pour se justifier, indiquant que le navire « a navigué avec un cap et une vitesse constants », refusant les propositions d’assistance.

« C’est un argument fallacieux régulièrement utilisé par certains États membres de l’Union européenne et par Frontex pour essayer de prouver que ces bateaux ne sont pas en détresse , indique, ce jeudi 15 juin, Louise Guillaumat, directrice adjointe des opérations de SOS Méditerranée. Or, il existe un cadre légal extrêmement clair, défini par le droit maritime. Quand on a un bateau avec une telle densité de personnes à bord, sans gilets de sauvetage, c’est par définition un cas de détresse, qui appelle une réaction immédiate des autorités maritimes et le déploiement d’une opération de secours dans les plus brefs délais. »

Frontex le reconnaît : « Notre avion de surveillance a détecté le bateau le mardi 13 juin à 9 h 47 et a immédiatement informé les autorités compétentes. » Mais l’agence européenne n’a pas, pour autant, cherché à lui venir en aide. (...)

Les gardes-côtes grecs ont, de leur côté, attendu treize heures avant d’envoyer des secours. Leur navire n’a quitté la Crète qu’à 22 h 40 pour, une fois arrivé à proximité du bateau, ne pas intervenir et rester en observation, arguant que les exilés souhaitaient continuer de faire route vers l’Italie.

Les témoignages d’ONG et de militants contredisent la version officielle (...)

Pour le sauveteur en mer, Iasonas Apostolopoulos, « les réfugiés empruntent des routes de plus en plus dangereuses pour éviter les refoulements grecs. (…) Ils tentent de traverser la Méditerranée sans être vus, sans être remarqués par les gardes-côtes, qui, s’ils les détectent, les frapperont, les voleront, les tortureront et les abandonneront (…) dans des tentes flottantes ».

Et d’ajouter à propos du drame survenu dans la nuit du 13 au 14 juin : « Ils ont trouvé 750 personnes dans un canot sans gilets de sauvetage, (…) au milieu de nulle part et les ont laissées livrées à elles-mêmes pendant 24 heures, affirmant qu’elles n’étaient pas en danger ! Ceux qui laissent le monde se noyer doivent être immédiatement arrêtés ! » Et pourquoi pas, avec eux, ceux qui ont voulu faire de la Grèce le « bouclier de l’Europe » ? Comme l’avait qualifié, en mars 2020, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne… (...)