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Marie-Claude Saliceti
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"où est Steve ?" douleur, silences et nouvelles vidéos
Article mis en ligne le 13 juillet 2019

"Le soir, surtout le soir, ça me hante. C’est inimaginable." Oscar Caniço est le père de Steve, le jeune homme qui est porté disparu depuis la nuit du 21 au 22 juin, lors d’une charge des forces de l’ordre, le soir de la Fête de la musique, à Nantes (Loire-Atlantique). Il se livre pour la première fois dans une interview au quotidien régional Ouest-France (article abonnés). "J’en veux à la police. Tout ça, c’était évitable", déclare-t-il. "Quand on regarde les vidéos où l’on voit les policiers qui tapent, qui tapent, c’est terrible !"

(...) Oscar Caniço, maçon, fait preuve de compréhension à l’égard des forces de l’ordre, tout en s’interrogeant : "Je peux comprendre qu’avec toutes les manifestations de ’gilets jaunes’, les policiers étaient à bout de nerfs. Mais comment excuser ça ?"
Les recherches sont toujours en cours (...)

Lire aussi :

 « Où est Steve ? » : le grand silence politique autour du disparu de Nantes
(...) En trois semaines, l’espoir s’est amenuisé de retrouver le jeune homme en même temps qu’un épais silence politique s’est installé autour de l’affaire, à de rares voix près.

L’animateur périscolaire sans opinion politique connue, qui ne savait pas nager, est un fantôme, quasi invisible aux yeux des dirigeants politiques. A 4 h 30, pendant la nuit de la Fête de la musique, le rassemblement auquel il participait a été dispersé par une intervention des forces de l’ordre contestée pour sa violence au sein même de la police, notamment par le syndicat Unité SGP Police. Visées par des grenades lacrymogènes et de désencerclement ainsi que des lanceurs de balles de défense (LBD), une dizaine de personnes parmi les « teufeurs » sont tombées dans la Loire.

Si la mort de l’écologiste Rémi Fraisse, touché par le tir de grenade d’un policier en 2014 sur le site du projet de barrage de Sivens (Tarn), avait provoqué de vives tensions politiques lors du quinquennat de François Hollande, la disparition de Steve Maia Caniço ne fait réagir pour l’instant qu’à bas bruit, alors que le jeune homme pourrait devenir le deuxième mort lié à des violences policières du mandat d’Emmanuel Macron, après celle de Zineb Redouane, 80 ans, atteinte par une grenade lacrymogène à la fenêtre de son appartement marseillais lors d’une manifestation de « gilets jaunes » en décembre 2018.

Des appels se sont pourtant multipliés sur les réseaux sociaux et la mobilisation locale est non négligeable. A Nantes, où un millier de personnes ont défilé le 29 juin pour « exiger la vérité », des pancartes « Où est Steve ? » ont fleuri sur les statues de la place Royale, relayées dans la ville par de nombreux tags et banderoles. Mais l’émotion reste circonscrite. (...)

 Charge policière à Nantes : la version des autorités contredite par des vidéos

« Libération » révèle des images et des témoignages sur l’intervention des forces de l’ordre, le 21 juin quai Wilson, où a disparu Steve Caniço. Ils permettent de retracer de manière plus précise le déroulé des événements. (...)

Libération révèle de nouveaux témoignages et des vidéos inédites de cette intervention. Il s’agit de fichiers originaux, qui permettent d’en exploiter les métadonnées, et donc de les horodater à la seconde près. Les images montrent une scène confuse et un usage constant de lacrymos par les policiers, et ce durant une vingtaine de minutes. Pendant tout ce temps, des personnes les alertent de la proximité avec la Loire puis, très vite, du fait qu’il y a eu des chutes de plusieurs fêtards dans l’eau. On voit également les forces de l’ordre utiliser des grenades de désencerclement, leurs matraques, ainsi qu’un Taser. L’avancée des policiers, en ligne, à partir de 4h31, casqués et armés, ne laisse pas de place au doute : contrairement à ce qui est affirmé depuis par les autorités - elles auraient répliqué à des jets de projectiles -, il s’agit bien d’une charge préparée, qui a pour but de disperser le rassemblement festif. (...)

Voici un récit minuté des vidéos que nous nous sommes procurées. (...)

4h32 : « Y a la Loire derrière ! »

Début de la charge. Une dizaine d’agents en tenue de maintien de l’ordre avancent vers le sound system. Ils sont en ligne et progressent ensemble. « Y a de l’eau derrière », « y a la Loire derrière ! » leur crient les fêtards à plusieurs reprises. Les policiers n’arrêtent pas leur avancée vers la foule et dépassent le bunker, où est installé le sound system. (...)

4h34 : « Y a des mecs à l’eau »

La plupart des policiers ont arrêté d’avancer et se regroupent à quelques mètres du bunker. Au fond, encore plus à l’ouest, là où se trouvait auparavant le reste de la foule, un nuage de lacrymogène se déplace lentement. A plusieurs reprises, des personnes crient « y a des mecs à l’eau », « y a des mecs dans la Loire ». La charge a débuté depuis à peine deux minutes. Malgré ces avertissements, de nouvelles lacrymos sont tirées en direction de la route, mais aussi de la Loire. « Il va y avoir un drame, arrêtez », plaide un jeune auprès des policiers. Un agent rétorque : « Qu’ils arrêtent de nous caillasser alors. » Les forces de l’ordre reçoivent effectivement plusieurs projectiles lors de cette séquence. (...)

Durant plus de vingt et une minutes, les policiers ont donc utilisé continuellement des grenades lacrymogènes en direction du fleuve. Pourtant, les autorités ont été averties dès le début de la charge du risque encouru, puis du fait que des personnes étaient tombées à l’eau. Ces informations sont-elles remontées à la salle de commandement ? Le préfet ou, à défaut, son directeur de cabinet ont-ils suivi l’opération ? Ont-ils ordonné l’usage de gaz lacrymogène en grande quantité ? Ont-ils approuvé le recours au Taser, aux grenades de désencerclement, au LBD40 (dont l’emploi a été officiellement reconnu) ? Malgré nos relances, le préfet de Loire-Atlantique, Claude d’Harcourt, a refusé de répondre à nos sollicitations. Ces questions sont pourtant essentielles, pour saisir comment Steve Caniço, 24 ans, a pu disparaître le soir de Fête de la musique.