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Marie-Claude Saliceti
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Le Monde
Migrants : « Plus tard, cette crise sera dans les livres d’histoire et on en aura honte »
Membres de l’équipe de Médecins sans frontières, Liza Courtois et Carlos Jaramillo vivent leur première mission à bord de l’« Aquarius ».
Article mis en ligne le 18 septembre 2018

Il a cette analogie en tête. A bord de l’Aquarius, qui fait route vers la Méditerranée centrale, quand Carlos Jaramillo pense aux migrants qu’il se prépare à secourir en mer, il se repasse les images du 11 septembre 2001. Celles de ces femmes et de ces hommes sautant par les fenêtres du World Trade Center, leur corps lancé dans une chute vertigineuse et sans issue. « Il devait y avoir l’enfer derrière ces fenêtres pour qu’ils se jettent dans le vide », dit-il. Comme ces gens qui choisissent de tenter la traversée de la Méditerranée dans des embarcations de fortune. « Ils sont vraiment désespérés pour risquer leur vie en mer », résume Carlos Jaramillo.

(...) C’est une opération « unique » aux yeux de Carlos Jaramillo. « Cette année, on m’a proposé de postuler à des missions en Irak et en Libye, mais j’ai choisi celle de l’Aquarius car je pense que c’est un impératif moral de répondre à cette crise humanitaire, justifie-t-il. Et d’un point de vue plus personnel, la question des réfugiés me touche car la Colombie, d’où je viens, a toujours été marquée par une crise autour des déplacés internes. » (...)

Liza Courtois se prépare aussi à une expérience singulière, « pas en termes de vies sauvées mais d’humanisme », tente-t-elle d’expliquer. « Plus tard, cette crise sera dans les livres d’histoire et on en aura honte », croit l’infirmière. (...)

« Ce qu’il se passe est terrible, explique-t-elle. D’ordinaire, les gens portent un regard bienveillant sur les travailleurs humanitaires mais, dans le cas des sauvetages en Méditerranée, on a criminalisé les ONG, on y a mélangé des considérations politiques alors que, pour moi, ce sont simplement des vies à sauver. » (...)

Sur le pont du bateau, lundi 17 septembre, les équipes de MSF et de SOS Méditerranée s’exercent à un scénario de crise. Le bateau se transforme en hôpital de campagne et les pathologies les plus probables en cas de sauvetage sont passées en revue : hypothermie, arrêt cardiaque, brûlures, déshydratation… (...)