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Marie-Claude Saliceti
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Michael Moore : Mais c’est quoi ce pays ?
Article mis en ligne le 31 décembre 2012
dernière modification le 29 décembre 2012

(...) Nos dirigeants approuvent et perpétuent des actions violentes à des fins la plupart du temps immorales. Nous envahissons des pays qui ne nous ont pas attaqués. Nous utilisons régulièrement des drones dans une demi douzaine de pays, en tuant souvent des civils. Pas vraiment de quoi être surpris puisque notre nation est née d’un génocide et qu’elle a été construite grâce à la sueur des esclaves. La Guerre de Sécession a fait 620 00 morts parmi nous. Nous avons « apprivoisé » le Far West avec le pistolet à six coups ; nous avons violé, battu et tué nos femmes, sans merci, à un rythme sidérant : toutes les trois heures une femme est assassinée aux États-Unis, une fois sur deux par son compagnon ou par un ex ; une femme est violée toutes les trois minutes dans notre pays ; une femme est battue toutes les quinze secondes.

Notre pays appartient à ce groupe illustre de nations (Corée du Nord, Arabie Séoudite, Chine, Iran) qui applique toujours la peine de mort. Nous n’avons que faire des dizaines de milliers de nos concitoyens qui meurent chaque année parce qu’ils n’ont pas de couverture sociale ou parce qu’ils n’ont pas accès à un médecin.

Pourquoi faisons-nous cela ? Une réponse simple est : parce qu’on le peut. Chez nous qui sommes aussi des gens animés de sentiments amicaux, il y a un degré d’arrogance qui nous pousse à croire bêtement qu’il y a quelque chose d’exceptionnel en nous qui nous différencie des « autres » pays. Il y a beaucoup de bonnes choses chez nous ; il en va de même en Belgique, en Nouvelle Zélande, en France, en Allemagne etc.

Nous pensons que nous sommes n° 1 dans tous les domaines alors que nos étudiants sont les 17e en sciences, les 25e en mathématiques et que notre espérance de vie est la 35e au monde. Nous croyons que nous sommes la plus grande démocratie de la planète alors que notre taux de participation aux élections est le plus bas de toutes les démocraties occidentales. Nous sommes les plus forts et les meilleurs dans tous les domaines et nous exigeons et prenons tout ce que nous voulons.

Parfois, nous devons nous conduire comme des f** de p** pour obtenir tout cela. Mais si l’un de nous pète les plombs et révèle la nature totalement psychotique et les conséquences brutales de notre violence à Newton, à Aurora ou à Virginia Tech, alors nous sommes « tristes », « nos sentiments vont aux familles des victimes » tandis que nos présidents promettent « des mesures significatives ». Peut-être que le président actuel est sincère cette fois. Il vaudrait mieux. Des millions de personnes en colère ne vont pas lâcher le morceau.

Je demande respectueusement que nous nous arrêtions un instant pour réfléchir à ce qui me semble être les trois circonstances atténuantes qui peuvent nous aider à comprendre pourquoi les Américains sont le peuple le plus violent de la terre : (...)

Je ne dis pas qu’ailleurs ce soit parfait, mais j’ai constaté, au cours de mes voyages, que d’autres pays civilisés estiment que s’occuper de tous et de chacun bénéficie à l’ensemble du pays. Des soins gratuits, des droits universitaires gratuits ou peu élevés, une assistance aux malades mentaux. Et je me pose la question : pourquoi nous, ne pouvons-nous pas réaliser cela ? Parce que dans de nombreux autres pays les gens ne se perçoivent pas comme des entités individuelles et solitaires mais comme les membres d’un groupe, sur le chemin de la vie, chacun existant comme la partie d’un tout. On aide les nécessiteux, on ne les punit pas parce qu’ils ont joui de malchance ou parce qu’ils sont dans une mauvaise passe.

J’en viens à croire que la raison pour laquelle les meurtres par balles dans les autres pays sont si rares est que leurs citoyens ne sont pas affligés de la mentalité du loup solitaire. La plupart ont reçu durant leur éducation le sens du lien, voire d’une solidarité totale. Difficile alors de se tuer les uns les autres. (...)