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Respublica
Mener le combat laïque sans comprendre la géopolitique, c’est la course à pied sur une seule jambe !
Par Bernard Teper Co-animateur du Réseau Education Populaire. Auteur avec Michel Zerbato de « Néolibéralisme et crise de la dette ». Auteur avec Catherine Jousse et Christophe Prudhomme « Contre les prédateurs de la santé ».
Article mis en ligne le 7 novembre 2013
dernière modification le 4 novembre 2013

Nous avons largement parlé dans ReSpublica du paradoxe apparu depuis de nombreuses décennies entre une forte volonté de sécularisation dans tous les pays du monde et une poussée concomitante des intégrismes ethniques et religieux de toutes natures. Pour comprendre ce paradoxe, il faut une pensée globale qui incorpore une bonne connaissance de ce mouvement inexorable de la sécularisation, une bonne connaissance du principe d’organisation sociale et politique que représente le principe de laïcité, son interaction avec les autres principes républicains, la situation du combat laïque dans le cadre des politiques néolibérales (qui font assurer par les communautarismes et intégrismes religieux les aides sociales et même le service de l’enseignement) mais aussi comprendre la géopolitique mondiale. Cet article montrera dans quel cadre géopolitique se meuvent les histoires politiques de la planète.

(...) Dans ce contexte, malgré les difficultés rencontrées par l’alliance entre, d’une part, des néolibéraux de droite ou de gauche et, d’autre part, des forces communautaristes et intégristes ethniques et religieuses à l’échelle mondiale, nous devons maintenir la stratégie du double front contre les politiques néolibérales et leurs alliés communautaristes et intégristes en France, en Europe et dans le monde. Car cette alliance perdurera tant que les néolibéraux de droite ou de gauche auront besoin de remplacer la solidarité de la sphère de constitution des libertés (école, protection sociale, services publics) par une assistance fournie à moindre coût par leurs alliés communautaristes et intégristes ethniques et religieux. Voilà pourquoi nous devons continuer en France, en Europe, et dans le monde, à lier le combat laïque à l’ensemble des autres combats démocratiques, féministes, sociaux et écologiques, et de ne pas écouter les sirènes de ceux qui veulent isoler ce combat de son environnement réel. Les victoires laïques françaises (1905, 1912, 1937, 1944 jusqu’à 2004) n’ont été obtenues que par la globalisation des combats républicains, tandis que tous les combats de la « laïcité isolée » ont été perdus. Mais nous pouvons penser que cette modification géopolitique qui prend acte de l’extension des combats démocratiques, laïques et sociaux dans le monde va sans doute conduire à la baisse (lentement, car cela s’effectue avec le temps de l’histoire et non avec l’impatience du temps humain) des soutiens financiers et culturels aux intégristes et communautaristes en France et de par le monde. Si on ajoute à cela, que le syndrome post-colonial des enfants et petits-enfants français de ceux qui ont fait des exactions en Algérie va aussi sur le temps long s’estomper, on peut sur ce temps long être optimiste.