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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Menaces, violences et valises de cash : l’affaire Sarkozy-Takieddine dégénère
Article mis en ligne le 10 novembre 2021

Deux personnes ont été placées en détention provisoire, dont le riche homme d’affaires Pierre Reynaud : l’affaire de la fausse rétractation de Takieddine dans le scandale Sarkozy-Kadhafi a pris des allures de polar à la Scorsese. Mediapart révèle les dessous de ce nouveau volet.

Quand elle pousse la porte du commissariat du XVIe arrondissement de Paris un peu avant 16 heures, le 2 août dernier, la communicante Anne Testuz s’apprête à raconter sur procès-verbal une histoire qui va faire basculer quelques semaines plus tard l’affaire Sarkozy-Takieddine dans un monde digne des Affranchis de Martin Scorsese, où l’argent engendre la violence.

Sa déposition pour un « compte-rendu d’infraction initial » est rédigée par un gardien de la paix. Elle commence ainsi : « Aux alentours du mois de mai 2021, Noël Dubus, avec qui je travaille sur le dossier libyen “Hannibal Kadhafi”, a eu besoin de 100 000 euros pour payer des juges au Liban et a demandé à Pierre Reynaud de lui emprunter cet argent. Pierre Reynaud a accepté, mais en demandant un garant. J’ai accepté d’être le garant de cette transaction. » (...)

Les noms qu’elle cite – Noël Dubus, Pierre Reynaud – sont ceux de deux personnes actuellement mises en examen pour « subornation de témoin » et « association de malfaiteurs », suspectées avec d’autres, dont la femme d’affaires Michèle Marchand, une intime des couples présidentiels Sarkozy et Macron, d’avoir négocié la vraie-fausse rétractation de l’intermédiaire Ziad Takieddine dans l’affaire des financements libyens.

Le « dossier Hannibal Kadhafi » qu’elle évoque ensuite fait quant à lui référence au projet fou de faire libérer l’un des fils Kadhafi, actuellement incarcéré au Liban, afin que celui-ci accepte d’innocenter en contrepartie Nicolas Sarkozy dans la même affaire libyenne.

Plusieurs échanges téléphoniques interceptés par les enquêteurs indiquent d’ailleurs que Michèle Marchand, la papesse des paparazzis avec son agence Bestimage, a elle-même donné du crédit à ce projet, qui vaut désormais au dossier Sarkozy-Takieddine d’avoir été élargi mi-septembre par le Parquet national financier (PNF) à des soupçons de « corruption d’agent judiciaire d’un État étranger », comme Mediapart l’a récemment rapporté.

La plainte d’Anne Testuz, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations, semble avoir été prise très au sérieux. Le dossier est immédiatement transféré à l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) de la police judiciaire, qui, fidèle à ses habitudes, baptise le dossier d’un nom de code. Ce sera « Carthage ».

Les policiers entendent à nouveau, le 6 août, la plaignante, lui donnant l’occasion de détailler la suite de l’histoire. (...)

Karim m’a fait remarquer [...] que si je ne voulais pas me retrouver dans un coffre de voiture, il fallait le rembourser

La communicante Anne Testuz
(...)

La communicante prend une photo de son visage tuméfié, qu’elle donne aux policiers.

Deux jours plus tard, soit le 1er août, c’est au tour de Noël Dubus, qui fut avec Michèle Marchand la cheville ouvrière de la rétraction de Takieddine, et qui pilote le « projet Hannibal Kadhafi », de voir débarquer « Karim » et sa « collaboratrice » au domicile de ses parents, dans l’Oise, où il loge parfois. Là, la pression est telle, raconte-t-il à son tour, qu’il prend un « pistolet d’alarme », une réplique d’un Beretta, pour impressionner les visiteurs, restés derrière la grille du portail. « Il [Karim - ndlr] a dit qu’il allait violer ma mère devant moi », assure sur procès-verbal Dubus, dont l’avocat n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Le père de Noël Dubus, également entendu, a confirmé l’altercation : « C’est parti en catastrophe. Les deux étaient très agressifs en disant à Noël qu’il n’avait qu’à sortir, qu’il lui ferait bouffer le revolver et qu’ils auraient sa peau. »

Dès le début du mois d’août, une information judiciaire pour « extorsion de fonds », « association de malfaiteurs », « menaces sous condition » et « blanchiment » est ouverte et confiée à un juge d’instruction.

Grâce à une planche photographique de suspects potentiels que lui soumettent les policiers, Anne Testuz reconnaît au premier coup d’œil « Karim ». Il s’agit de Karim Medani, dont le casier judiciaire fait mention de nombreuses condamnations pour trafic de stupéfiants, violences aggravées, faux et usage de faux, vol, recel et détention d’armes. (...)

En perquisitionnant l’homme d’affaires Pierre Reynaud, un spécialiste de l’immobilier qui aime revendiquer sa proximité avec l’intermédiaire Alexandre Djouhri, un protagoniste clé de l’affaire libyenne, les policiers se retrouvent confrontés à un patrimoine vertigineux à fouiller (...)

Mais l’homme n’a pas qu’un patrimoine plantureux. Son casier judiciaire l’est aussi, avec 11 condamnations entre 1992 et 2006 à son actif, pour escroquerie, transport de stupéfiants, faux et usage de faux, trafic d’influence, blanchiment, fraude fiscale, entre autres. (...)