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Maroc  : «  le mouvement du 20 février n’a cessé d’innover avec de nouvelles formes d’actions et d’organisation  »
Article mis en ligne le 16 décembre 2012
dernière modification le 13 décembre 2012

Rencontre avec Souad Guennoun, une militante active sur tous les fronts de lutte au Maroc (mouvement du 20 février à Casablanca, Attac Maroc…). Elle vient de rentrer de sa deuxième visite en Europe où elle participait à la campagne internationale pour la libération des prisonniers politiques marocains. Elle revient sur les luttes politiques et sociales dans son pays depuis le «  printemps arabe  ».

Dans la foulée des révolutions en Tunisie et en Égypte, un mouvement marocain de solidarité avec les peuples en révolution dans la région a dans un premier temps été réprimé par le régime. L’appel à manifester le 20 février 2011 dans toutes les villes et les campagnes avait réussi à rassembler plusieurs centaines de milliers de personnes dans plus de 80 villes et villages. La répression a été forte dès le début dans le Rif, faisant 5 morts, mais la répression n’a fait que renforcer le mouvement de contestation qui ne s’est pas arrêté depuis.

Le pouvoir débordé dans un premier temps a voulu jouer la «  farce démocratique  »  : réforme de la Constitution en faisant participer l’intelligentsia, les associations de la «  société civile  » dont notamment les femmes, les partis et syndicats réformistes, les islamistes… puis des élections qui ont donné un gouvernement mené par un Premier ministre PJD, Benkirane, et une coalition allant du PPS (parti communiste monarchique) à divers droites. La France, principal soutien de cette mascarade, a applaudi, et le label de «  Maroc modèle de démocratie dans la région  » a rallié les pays de l’Union européenne et les USA.

La répression s’est pourtant accélérée, et on compte aujourd’hui au moins 177 détenu-e-s dans les prisons marocaines. Autre «  spécificité  » marocaine  : la plupart des détenus sont condamnés et jugés comme délinquant-e-s. Procès truqués, faux témoins et inculpations fabriquées, tortures et sévices ont été dénoncés, y compris par Juan Mendès, rapporteur de l’ONU, lors de sa visite en septembre 2012. Mais rien n’y fait, le nouveau président Hollande continue à soutenir le pouvoir tout comme ses prédécesseurs. (...)

Une marée humaine de différentes générations, de différentes composantes sociales et secteurs de luttes, hommes, femmes, jeunes, ont pris d’assaut les rues pour réclamer la fin du despotisme, de l’impunité, la justice sociale, les réformes économiques sociales et politiques, la répartition des richesses… Depuis, le mouvement du 20 février n’a cessé d’innover avec de nouvelles formes d’actions et d’organisation. Il a réussi à rassembler les mouvements des diplômés chômeurs (ANDCM), les étudiants, les lycéens, les syndicalistes mais plus que tout, le mouvement a réussi à intensifier les luttes paysannes, dans les mines, dans les secteurs de la pêche. Les luttes éclatent dans diverses régions.

Par exemple à Ouarzazate, les femmes se sont organisées pour dénoncer la mafia des micro-crédits qui profite de la pauvreté, de l’analphabétisme pour pousser à l’endettement. (...)

La gauche est divisée et doit apporter de nouvelles réponses à la crise. Particulièrement la gauche radicale qui, comme en France et partout, doit se rassembler et s’unir autour d’un front de lutte. Les réponses à apporter à la crise mondiale que nous vivons sont locales, régionales et mondiales. Nous devons nous unir et la solidarité est une urgence. Il faut sortir les détenu-e-s des prisons. Il faut soutenir et briser le silence qui entoure les luttes, il est urgent de faire entendre les voix des sans-voix, éviter les amalgames et les divisions.