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Marcel Jaeger : ce que le Covid-19 nous apprend pour le travail social
Article mis en ligne le 19 mai 2020

Faut-il présenter Marcel Jaeger ? Sociologue et anciennement titulaire de la chaire de Travail social et d’intervention sociale du Cnam, il est membre depuis 2003 du Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Économique (LISE). Il a été directeur d de l’Institut régional du travail social (IRTS) de Montrouge et de Neuilly-Sur-Marne. Il a travaillé ensuite à la Mission nationale d’appui en santé mentale.

(...) La crise du Covid-19 a conduit le travail social a se réinventer explique-t-il dans le numéro spécial d’Union Sociale consacré aux effets de la pandémie. Il explique aussi sa vision du travail social confronté à cette nouvelle réalité dans une vidéo mise en ligne par le Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Économique.

1. Les travailleurs sociaux sont en première ligne

Ils sont souvent mentionnés au titre de la 2ème ligne. Cela correspond à une présentation « québecoise » d’une première ligne qui concerne les soignants avec des travailleurs sociaux qui seraient en appui de ces personnels. Or il faut souligner qu’ils sont en réalité en première ligne comme le personnel soignant si l’on s’en tient notamment à la loi relative à la santé où il est beaucoup fait référence à l’approche globale des situations qui vise à favoriser le décloisonnement entre le sanitaire et le social.

2. Ils font face à une ampleur et une diversité des problèmes

Ils sont confrontés à des difficultés très spécifiques au regard des missions qui leur sont assignées. Ils sont au cœur d’un exercice très difficile qui consiste à concilier l’autonomie des personnes tout en permettant leur protection.

Un autre élément vient de ce que la crise sanitaire nous apprend sur l’aide à autrui. Cela concerne la conception de l’accompagnement et la façon de le pratiquer (...)

3. Le travail social intervient dans un ensemble extrêmement composite.

Il y a les problèmes liés à la pauvreté, la précarité, mais aussi ceux qui concernent les troubles psychologiques et de personnalité (...)

Le Covid et le confinement ont provoqué une série de difficultés imprévues comme celles qui portent sur l’exiguïté des logements, la fin des « petits » boulots avec une perte de revenus pouvant conduire à des détresses alimentaires notamment.

Une autre problématique concerne l’enfance. On sait que 2 millions 700 mille enfants vivent en France dans la pauvreté tout comme leurs parents. Le confinement a amplifié certains problèmes comme par exemple le décrochage scolaire, et l’arrêt des accompagnements. Il y a aussi la question de la protection de l’enfance mise en tension par le confinement.

le 3ème grand domaine concerne le handicap. Plus de 12 millions de personnes sont concernées. (...)

Les travailleurs sociaux ont été confrontés à des crises d’angoisse de personnes fragiles, des comportements liés au stress, et à leur compréhension de la situation et des consignes imposées.

Il y a aussi le secteur des personnes âgées. 1 million 400 mille personnes sont dites « dépendantes » et touchent l’allocation d’autonomie. (...)

Il a fallu que les travailleurs sociaux interviennent aussi auprès des proches, des aidants familiaux mais aussi des aidants informels de beaucoup de personnes

4. Au delà de cette crise le travail social est confronté à des difficultés spécifiques

Il y a d’abord la baisse d’attractivité des métiers du travail social. Il y a un effet de ciseaux entre les besoins croissants de personnels et la baisse du nombre de travailleurs sociaux liée au manque de reconnaissance de leurs métiers, mais aussi de leurs salaires qui sont très faibles au regard des responsabilités qu’ils assument.

Certains travailleurs sociaux (ou plutôt devrait-on dire travailleuses sociales tans les femmes sont nombreuses et majoritaires dans ces métiers) sont démuni(e)s et mis en difficulté. Si on parlait par le passé de la toute puissance des travailleurs sociaux, c’est aujourd’hui l’inverse qui est à l’œuvre. (...)

5. Le Covid-19 nous apprend quelque chose

La pandémie va accentuer une évolution sur la façon de concevoir les accompagnements. On peut désormais identifier de nouvelles formes de travail. Marcel Jaeger en identifie quatre.

L’importance des coopérations et de la coordination : La première compétence attendue est désormais la capacité à travailler ensemble entre métiers très différents. Ce qui conduit à partager des informations et à comprendre le langage des uns et des autres ce qui peut bousculer des identités professionnelles

Il y a nécessité de travailler à la fois dans la durée et dans l’urgence. (...)

Il faut savoir gérer la distance, éviter la relation fusionnelle et être en capacité de développer des pratiques « en retrait » : il faut laisser aux personnes la possibilité de se créer des espaces et se prémunir d’un « interventionnisme excessif ». Il faut à la fois savoir aller vers les personnes mais aussi éviter l’emprise et une forme d’envahissement que le professionnel peut provoquer.
Favoriser la participation et le développement du pouvoir d’agir des personnes qui très souvent ont déjà en elles des solutions qui sont sans doute différentes de celles proposées par les dispositifs mais qui ont le grand avantage de révéler les compétences qu’elles ont. (...)