Le président de la République devrait annoncer, lundi à Marseille (Bouches-du-Rhône), les contours de « Quartiers 2030 », son plan pour les banlieues et les quartiers prioritaires. Sur le terrain, élus et associatifs peinent à y croire, échaudés par six ans de rendez-vous manqués et de revirements du chef de l’État.
Jusqu’au bout, les maires de banlieue auront guetté un signe de l’Élysée. Début juin, un élu interroge : « Vous avez des infos, vous ? » Et puis, ces dix derniers jours, la rumeur se met à circuler dans un écosystème où tout le monde se connaît. « Il paraît qu’il va à Marseille fin juin », souffle un ancien ministre.
Le cabinet d’Emmanuel Macron attend vendredi pour confirmer la nouvelle à une poignée d’invité·es : le président de la République s’exprimera sur sa stratégie pour les quartiers populaires lundi soir, dans un gymnase de la cité phocéenne.
Un représentant d’élus décline poliment l’invitation. « On est prévenus le vendredi pour le lundi d’un truc qu’on attendait depuis un an, c’est quand même fort », sourit-il. La promesse date en effet d’avril 2022 : alors en campagne pour sa réélection, le chef de l’État prend à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) « l’engagement » de doter son second quinquennat d’un « fil directeur », qu’il nomme « Quartiers 2030 ». Depuis, plus rien ou presque.
Le sujet n’a pas perdu grand-chose, pourtant, de son actualité. Les 6 millions de Français·es qui vivent en quartiers politique de la ville (QPV) n’ont toujours pas le même accès aux services publics que les autres, les mêmes revenus, les mêmes droits effectifs. Sans compter leur vulnérabilité, en moyenne plus grande qu’ailleurs, à la pollution, à un certain nombre de pathologies et même à la mort. Le tout dans un contexte d’inflation et de crise du logement qui frappent de plein fouet les habitant·es des quartiers populaires.
Autant de voyants rouges qui ont poussé une trentaine de maires de communes populaires à « lancer », dans une tribune au Monde fin mai, « un cri d’alerte » à Emmanuel Macron. (...)
La tribune n’a suscité aucune réponse de l’Élysée. Pas un coup de fil, pas une réunion. Ces jours-ci, l’entourage d’Emmanuel Macron a pris soin de dissiper les attentes autour de son plan. L’ambition « Quartiers 2030 » n’a même pas été mentionnée par les conseillers du chef de l’État qui présentaient aux journalistes le déplacement à Marseille, vendredi, lors d’une conférence téléphonique. Et les demandes de Mediapart d’en savoir plus sont restées lettre morte. (...)
L’histoire avait pourtant commencé par une danse du ventre. En 2017, le candidat Macron rythme sa campagne de déclarations d’amour à la France des quartiers populaires. Il annonce sa candidature depuis Bobigny (Seine-Saint-Denis) – un choix qui « n’a rien d’innocent », assume-t-il alors – et évoque pour la première fois cette « France des quartiers assignée à résidence ».
Au fil des déplacements, il laisse transparaître une approche économique et libérale des enjeux des quartiers populaires. C’est par l’émancipation individuelle et l’entrepreneuriat que les habitants et habitantes de ces territoires sortiront de leur impasse collective, explique-t-il en substance. (...)
Cette ligne, couplée à un discours ostensiblement libéral sur le plan social (il balaye les débats sur le voile, qu’il qualifie de « traumatismes du moment »), lui vaut un certain nombre de soutiens en banlieue. (...)
La douche froide de l’été 2017... puis celle du printemps 2018 (...)
Le président de la République convoque une centaine d’élu·es et de responsables d’associations à l’Élysée, le 22 mai 2018. Toutes et tous espèrent voir le président de la République concrétiser les préconisations du rapport Borloo, accueilli très positivement.
Sur scène, Emmanuel Macron laisse l’assistance bouche bée. « Je ne vais pas vous annoncer un plan banlieue », lance-t-il en préambule. La suite vire à l’humiliation pour Jean-Louis Borloo, dont l’activisme aurait particulièrement irrité le chef de l’État. « Ça n’aurait aucun sens que deux mâles blancs ne vivant pas dans ces quartiers s’échangent l’un un rapport et l’autre [sa mise en oeuvre] », lance ce dernier. Une « humiliation » pour Jean-Louis Borloo, cinglent plusieurs élus en sortant du palais présidentiel.
L’épisode reste, aujourd’hui encore, la tache indélébile de la relation du président de la République aux quartiers populaires. (...)
En même temps qu’il délaisse la « France des banlieues », l’exécutif multiplie les signaux à l’égard de la « France des territoires ». Une attention loin d’être désintéressée, alors que le camp présidentiel s’acharne à draguer un électorat périurbain et rural de plus en plus tenté par l’extrême droite. Pour la première fois en 2023, la dotation de solidarité rurale (DSR) a connu une augmentation plus forte que la dotation de solidarité urbaine (DSU). Un symbole qui n’a pas échappé aux initiés.
Dans l’agenda présidentiel, le sujet des quartiers populaires ne ressurgit qu’occasionnellement, à des moments bien précis. En février 2019, dans la foulée des « gilets jaunes » (...)
Absentes du programme d’Emmanuel Macron, les banlieues ressurgissent dans son spectre à la faveur des scores qu’y fait Jean-Luc Mélenchon au premier tour.Absentes du programme d’Emmanuel Macron, les banlieues ressurgissent dans son spectre à la faveur des scores qu’y fait Jean-Luc Mélenchon au premier tour. (...)
Une vision économique de l’avenir des quartiers
Vu des quartiers populaires, le second mandat d’Emmanuel Macron ressemble comme deux gouttes d’eau au premier. Et la nomination d’Olivier Klein au ministère de la ville et du logement n’y a rien changé. (...)
Les attentes sont grandes, pourtant, sur la rénovation urbaine, le logement, l’accès aux services publics, la sécurité et la relation police-population, la lutte contre les discriminations, l’avenir des petites associations en grande souffrance. (...)