L’ancienne porte-parole de LR vient d’être nommée préfète déléguée en Gironde, chargée de la cohésion sociale, de la lutte contre les discriminations et de l’intégration des étrangers. Deux semaines après les révoltes urbaines, Emmanuel Macron a choisi une figure de la droite la plus dure, qui dépeint les quartiers populaires comme des « zones de non-droit » où l’on vivrait « comme au Maghreb ».
L’ancienne porte-parole de LR vient d’être nommée préfète déléguée en Gironde, chargée de la cohésion sociale, de la lutte contre les discriminations et de l’intégration des étrangers. Deux semaines après les révoltes urbaines, Emmanuel Macron a choisi une figure de la droite la plus dure, qui dépeint les quartiers populaires comme des « zones de non-droit » où l’on vivrait « comme au Maghreb ». (...)
En découvrant la nouvelle, cet acteur associatif des quartiers populaires a cru à une plaisanterie. L’information est pourtant bien parue, jeudi 13 juillet, au Journal officiel : Lydia Guirous, chroniqueuse audiovisuelle et ancienne porte-parole du parti Les Républicains (LR), a été nommée préfète déléguée à l’égalité des chances en Gironde, un poste créé quelques jours plus tôt par décret présidentiel.
Un point de chute inattendu pour celle dont la présence publique se résumait, depuis quatre ans, à des interventions sur CNews, BFMTV et Sud Radio. Après des débuts à l’UDI, elle avait été secrétaire nationale à la laïcité, puis porte-parole de LR, sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2014-2015), avant de retrouver cette dernière fonction deux ans plus tard, à la demande de Laurent Wauquiez. Malgré trois tentatives, aux législatives de 2012, aux européennes de 2019 et aux municipales de 2020, elle n’a jamais été élue. (...)
À droite, Lydia Guirous s’est fait un nom à la faveur de son obsession pour la laïcité et de sa critique récurrente de l’islam. (...)
Au sein de la direction du parti, elle a rencontré et côtoyé Gérald Darmanin qui, devenu ministre de l’intérieur, lui permet aujourd’hui d’intégrer la haute fonction publique.
La nomination de Lydia Guirous vient concrétiser un projet présidentiel annoncé dès le premier quinquennat : la suppression du corps préfectoral et l’ouverture à des profils issus de la société civile. L’ancienne cadre de LR n’est d’ailleurs pas seule dans cette grande valse du 14 Juillet. Marilyne Poulain, ancienne responsable des questions d’immigration à la CGT, est nommée préfète déléguée à l’égalité des chances du Bas-Rhin. Le chef d’entreprise Thibault Lanxade devient, lui, préfet de l’Indre.
Dans la grande querelle qui anime la classe politique et l’appareil d’État sur la laïcité, la désignation de Lydia Guirous résonne comme un signal. L’ancienne éditorialiste de CNews incarne à ce sujet la ligne la plus droitière ; celle-là même avec laquelle Emmanuel Macron avait semblé prendre quelques distances au début de son second quinquennat – en exfiltrant Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal du gouvernement et en refusant d’investir aux élections législatives plusieurs figures du Printemps républicain –, avant de laisser libre court aux polémiques sur l’abaya et les prières enfantines.
Les banlieues et l’islam, deux de ses obsessions (...)
En Gironde, où elle a vécu dans son enfance, Lydia Guirous sera chargée de représenter le gouvernement aux côtés du préfet, Étienne Guyot. Elle aura notamment pour interlocuteur quotidien le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic, et sa majorité de gauche. L’occasion, sans doute, de lui livrer une de ses nombreuses analyses sur les « khmers verts », leur « écologie punitive » et leur « mépris social » de « bobos donneurs de leçons ».
Si le gouvernement a créé ce poste de préfet délégué dans la région pour l’occasion, les nouvelles prérogatives de l’ancienne porte-parole de LR ne sont pas moindres. Elle est désormais chargée de coordonner et de mettre en œuvre la politique du gouvernement en Gironde, sur tous les sujets de cohésion sociale, d’égalité des chances et de lutte contre les discriminations. L’arrêté ministériel de 2005, date de la création de la fonction par Nicolas Sarkozy, ajoute que le préfet délégué à l’égalité des chances travaille sur « l’intégration des populations immigrées ». (...)
Fin juin, Lydia Guirous a vu dans les révoltes consécutives à la mort du jeune Nahel la confirmation de ses analyses passées. (...)
L’ancienne proche de Laurent Wauquiez, qui appelle régulièrement de ses vœux une intervention plus ferme de la police dans les quartiers populaires, va devoir réfréner ses ardeurs répressives. La sécurité ne relève pas de ses nouvelles compétences. Il s’agira plutôt, pour elle, de nouer des liens avec le tissu politique et associatif local, d’aiguiller les habitant·es des quartiers populaires vers les dispositifs gouvernementaux et de se montrer en soutien des publics les plus discriminés et les plus vulnérables. La « France revancharde » qu’elle appelait à arrêter de se « victimiser ».