Les étudiants d’origine nord-africaine ont 13 % moins de chances d’obtenir une réponse que les candidats avec un nom français, lorsqu’ils s’informent sur les modalités de candidature en master. Les candidats handicapés ne semblent pas discriminés.
Lorsque les étudiants en licence contactent des enseignants responsables de master pour leur demander comment candidater, ceux qui portent un nom d’origine maghrébine ont 13 % moins de chances d’obtenir une réponse. Les étudiants à mobilité réduite, en revanche, ne sont pas discriminés. Pour la première fois en France, des chercheurs du CNRS ont mené une étude [1] sur la discrimination au sein de l’université. Ils ont envoyé par e-mail à 600 masters d’universités publiques trois demandes d’informations similaires de la part d’étudiants fictifs. Le premier candidat porte un nom d’origine nord-africaine, le deuxième a un nom français et précise qu’il est en fauteuil roulant, le troisième porte un nom d’origine française et ne mentionne pas de handicap.
Le candidat d’origine française non handicapé reçoit une réponse de la part de 70 % des responsables de masters, tandis que le candidat au nom à consonance maghrébine reçoit une réponse dans seulement 61 % des cas. Le candidat à mobilité réduite, quant à lui, reçoit 68 % de réponses, un écart avec le candidat de référence (nom français, sans handicap) jugé non significatif par les chercheurs.
Une discrimination est constatée uniquement à l’entrée des masters les plus sélectifs. En droit, économie, gestion ou dans les filières scientifiques, un candidat d’origine immigrée a environ 20 % de chances en moins d’y obtenir une réponse qu’un candidat apparemment d’origine française. La fréquence maximale de traitement différencié est atteinte dans les filières juridiques, qui devraient pourtant être exemplaires en matière de droits. En sciences humaines et sociales, le taux de réponse (69 %) est exactement le même, et en arts, lettres et langues, les candidats d’origine nord-africaine obtiennent un taux de réponse supérieur, 75 % contre 70 % pour le candidat au nom à consonance française [2]. (...)
À défaut d’éléments suffisants pour sélectionner les meilleurs, certains responsables de la sélection partent du principe que les candidats d’origine nord-africaine ont en moyenne de moins bons résultats, et se comportent comme si c’était le cas de tous.
Les responsables de formation n’avaient aucune information sur le niveau individuel des étudiants dans l’e-mail envoyé par les candidats. On ne peut donc déduire de ce testing qu’un candidat d’origine maghrébine est discriminé par rapport à un candidat au nom français, à notes comparables. Il faut aussi souligner que cette preuve d’une discrimination ethnique pour des demandes d’informations ne concerne qu’une partie des formations et des responsables de masters qui, dans leur très grande majorité, traitent les candidats de manière identique.
Pour autant, l’expérience réalisée sur 1 800 candidatures en master prouve que les étudiants d’origine nord-africaine ne sont pas traités partout de la même façon que les autres, au mépris des valeurs prônées par l’institution et de la loi. (...)