Depuis plusieurs mois, les militants écologistes multiplient les coups d’éclat. Le durcissement concerne autant leurs modalités d’action que leur projet politique. Ils ne croient plus la préservation de l’écosystème compatible avec le modèle capitaliste de croissance. Cette nébuleuse saura-t-elle pour autant se rapprocher d’autres luttes et s’entendre sur des stratégies susceptibles de renverser l’ordre établi ?
Décrochages du portrait du président de la République, grèves pour le climat, blocages de sites d’Amazon, de Monsanto ou de BNP Paribas, actions locales tous azimuts : pas une semaine ne se passe sans un coup d’éclat mené au nom de la défense de la planète. De nombreuses personnes qui n’avaient jamais milité auparavant s’investissent et bousculent les organisations traditionnelles comme Greenpeace, les Amis de la Terre, Attac ou France Nature Environnement. Toutes se disent radicales, c’est-à-dire en premier lieu attachées à prendre les problèmes à la racine, au cœur du système économique et social qui les engendre. (...)
Cette radicalité s’exprime à des degrés très divers, selon deux axes qui peuvent se confondre, mais aussi diverger : celui de la fin, du projet politique, et celui des moyens d’action. Des mouvements comme Greenpeace ou, davantage encore, Sea Shepherd peuvent mener des opérations très audacieuses, notamment contre les pétroliers ou les chasseurs de baleines, tout en portant un projet de société réformiste, voire indifférent aux questions sociales.
Si peu de militants écologistes sont issus de milieux populaires, ces questions ne sont plus ignorées. « Les gens voient bien qu’il y a un rapport entre la surexploitation de la planète par de grosses multinationales et les inégalités sociales, estime le sociologue Albert Ogien, au Centre d’étude des mouvements sociaux du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Aujourd’hui, l’écologie n’est plus distinguée des problèmes sociaux. » (...)