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Marie-Claude Saliceti
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Mediapart
Les deux anciens trésoriers de Marine Le Pen présents à la manifestation néofasciste à Paris
#extremedroite #neofascisme #RN
Article mis en ligne le 8 mai 2023

Samedi 6 mai, des groupuscules néofascistes ont manifesté à Paris, en cagoules et masques noirs. Axel Loustau et Olivier Duguet, les deux anciens trésoriers du microparti de Marine Le Pen, Jeanne, étaient présents en marge de ce défilé. Le premier a tenté d’intimider notre photographe.

(...) Les deux acolytes ont milité ensemble au Groupe union défense (GUD) dans les années 1990, sous la houlette de Frédéric Chatillon, un vieil ami de Marine Le Pen. Reconvertis respectivement en chef d’entreprise et comptable, ils ont été, via le microparti Jeanne, les piliers de l’organisation financière du Front national et de ses campagnes.

Axel Loustau, qui a connu Marine Le Pen à la faculté de droit d’Assas à Paris, a joué, ces dix dernières années, un rôle à la fois financier et politique. Fondateur d’un groupe de sociétés (sécurité, imprimerie) qui a travaillé pour le Front national, il fut trésorier de Jeanne (2012-2022), conseiller régional RN d’Île-de-France (2015-2021), président de la fédération des Hauts-de-Seine et il a pris, en 2017, les commandes de la cellule financière de la campagne présidentielle de Marine Le Pen.

Olivier Duguet, dont Mediapart avait révélé la condamnation à six mois de prison avec sursis dans une affaire d’escroquerie au préjudice de Pôle emploi en 2012, fut successivement trésorier et trésorier adjoint de Jeanne.

Ces dernières années, à l’approche du procès de l’affaire du financement des campagnes 2012 du Front national, les gudards ont disparu des organigrammes officiels (dans cette affaire, Chatillon et Duguet ont été condamnés, Loustau a été relaxé en mars 2023).

Mais cette « GUD connection » est restée présente dans les coulisses des campagnes du RN, notamment via l’agence de communication e-Politic, dont Chatillon et Loustau sont actionnaires avec leurs holdings. Axel Loustau continue d’ailleurs d’afficher, sur les réseaux sociaux, son soutien au Rassemblement national et à son nouveau président, Jordan Bardella. (...)

Samedi, au moins deux membres de ce petit groupe – Axel Loustau et Olivier Duguet – étaient donc présents en marge de ce défilé, qui a regroupé 550 militants selon la préfecture, le plus souvent dissimulés derrière des cagoules, casquettes, lunettes et masques noirs, et criant « Europe, jeunesse, révolution », le slogan fétiche des néofascistes. Les deux anciens gudards apparaissent aussi sur des images diffusées par les organisateurs, dans la cour d’un immeuble.

La manifestation, autorisée par la préfecture, s’est déroulée dans un climat de grande hostilité à l’égard de la presse et était encadrée par un dispositif de police sous-dimensionné au vu de sa dangerosité. Dès le départ, des militants assurant le service d’ordre de la manifestation ont entravé le travail d’information de journalistes et photographes présents, refusant qu’ils prennent des photos, alors que la manifestation était publique.

Identifié dès son arrivée par un ancien militant de l’Action française proche de Marc de Cacqueray – figure centrale de l’ultradroite sur lequel Mediapart vient de publier une grande enquête –, notre photographe Yann Castanier a été intimidé et menacé à plusieurs reprises, et a dû poursuivre son travail protégé par les policiers. Un membre du service d’ordre a indiqué à ceux-ci qu’ils ne seraient « pas en mesure d’assurer sa sécurité si des personnes du cortège sortaient pour s’en prendre à lui ». (...)

Yann Castanier a également été pris en photo, suivi et intimidé par Axel Loustau. Il a dû quitter le rassemblement escorté par les forces de l’ordre, qui l’ont aidé à dissimuler la plaque d’immatriculation de son véhicule. (...)

Ce n’est pas la première fois qu’Axel Loustau tente d’intimider des journalistes. (...)

En 2015, un petit groupe mené par Axel Loustau et Olivier Duguet nous avait pris à partie sur la voie publique. « Je vais te tuer !… Je vais te retrouver !… Je vais t’attendre en bas de chez toi ! », avait lancé ce dernier en nous menaçant physiquement.

Axel Loustau a été vu à d’autres rassemblements radicaux (...)

Loustau et Duguet n’ont jamais renié leurs engagements de jeunesse, que le premier ravive en permanence sur Facebook. Ces dernières années, sous différents comptes anonymes (une demi-douzaine de profils sur Facebook, un peu moins sur Twitter), il a déversé ses idées radicales, jusqu’à des allusions implicites au IIIe Reich ou à la Shoah, comme Mediapart l’avait documenté. (...)

Leur présence dans ce défilé radical tranche en tout cas avec la volonté de Marine Le Pen d’afficher, depuis 2011, un parti « dédiabolisé ». Depuis qu’elle a repris le flambeau de son père pour diriger le Front national – devenu, en 2018, le Rassemblement national (RN) –, Marine Le Pen réfute le qualificatif même d’« extrême droite » et répète que son parti n’a « aucun rapport » avec les groupuscules d’extrême droite qui commettent des violences. (...)

En décembre dernier, comme pour marquer une distance supplémentaire, alors que les violences de groupes d’ultradroite se multipliaient, la députée du Pas-de-Calais avait demandé à Élisabeth Borne de « dissoudre » les « groupuscules extrémistes », « quel que soit leur profil politique ».

Sollicitée, Marine Le Pen ne nous a pour l’instant pas répondu. Questionné en novembre par Mediapart sur la présence de ces gudards dans les coulisses des campagnes du RN, Jordan Bardella avait botté en touche