La loi de 1905 interdit les emblèmes religieux dans l’espace public qui symboliseraient une pseudo-unité de croyance collective. En divers lieux, cette interdiction n’est pas respectée. Il s’agit souvent de recatholiciser l’espace public, de redonner une identité religieuse officielle à la France. Passage en revue de ces entorses à la laïcité.
En divers lieux, cette interdiction n’est pas respectée. La Libre-pensée engage alors des poursuites et, naturellement, gagne. Elle se trouve, de ce fait, en butte à des manifestations agressives de plus en plus violentes.
L’article 28 de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat énonce : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou des expositions. »
Cet article est significatif de l’esprit de la loi de 1905. L’interdiction de ces emblèmes religieux est une conséquence de la liberté de conscience : la communauté nationale est plurielle, elle comporte des personnes se référant à diverses religions, … ou à aucune d’entre elles (ce qui est, aujourd’hui, légèrement majoritaire en France). Il est, du coup, impossible, au nom de la liberté de conscience, de symboliser cette communauté par des emblèmes religieux. Donc indique Aristide Briand, rapporteur de la loi, on ne peut « permettre aux conseils municipaux de se servir des places et des rues de nos villes et de nos villages pour affirmer leurs convictions religieuses sous l’aspect d’emblèmes ou de signes symboliques. » (...)
Les emblèmes religieux individuels dans l’espace publique sont autorisés, en vertu de la même logique (la liberté de conscience).
La dernière affaire en date concerne une statue de Saint-Michel, installée sur une place publique aux Sables d’Olonne. Le Conseil d’Etat vient d’ordonner son déplacement (7 avril 2023), provoquant la fureur du maire divers-droite dénonçant « le grand effacement », version vendéenne, sans doute, du « grand remplacement » !, ce « vandalisme d’Etat, cette « inquisition wokiste » (comme d’hab. le « wokisme est mis à toutes les sauces ! A. Briand devait être « woke » !). Bruno Retailleau l’a soutenu, au nom de la défense de « notre identité », prétendant que « laïcité et laïcisme » se trouvent confondus. Les murs de la librairie de la Libre-Pensée ont été tagués et dégradés, une vitre a été brisée ; des rassemblements agressifs ont été organisés devant ses locaux. Voilà où on en est, dans la France de la loi « séparatisme », quand on veut simplement faire respecter la loi de 1905 et vivre ainsi en bonne intelligence avec ses concitoyens. (...)
La loi de 1905 ne se veut pas iconoclaste, plus encore, elle assume la pesanteur de l’histoire (ainsi les jours fériés catholiques sont maintenus, même si cela crée un risque d’inégalité). De même les exceptions énoncées sont significatives : dans les musées et les expositions, les représentations religieuses sont exposées en tant qu’œuvre d’art, que chaque personne peut admirer quelles que soient ses propres convictions. La différence faite entre le « cultuel » et le « culturel » permet de rendre compte de cette distinction : la frontière entre les deux consiste à attester, ou non, une conviction particulière.
Bref, cet article 28 est assez limpide et il a permis la paix publique pendant des décennies. Il en va autrement depuis le début de ce siècle, où certains cherchent à mettre des crèches dans les bâtiments publics, à ériger des monuments religieux… Souvent, ce sont les même qui pourfendent (et tentent d’interdire) l’existence de signes religieux portés par des individus privés (qui n’engagent donc personne d’autre qu’eux-mêmes) dans l’espace public. On pourrait voir là l’expression d’une incohérence, d’une laïcité à deux vitesses. En fait c’est beaucoup plus grave que cela car il s’agit d’une double négation de la laïcité, qui possède (malheureusement) une forte cohérence interne. D’un côté comme de l’autre, on fait bon marché de la liberté de conscience (en effectuant ce qu’elle interdit et en voulant interdire ce qu’elle permet) et l’on se moque de la loi de 1905 comme de sa première chemise : il s’agit de recatholiciser l’espace public, de redonner une identité religieuse officielle à la France tout en rendant la plus invisible possible la présence des musulmans.
Bien sûr la droite dure et l’extrême droite sont à la manœuvre (ainsi Ciotti a proposé, il y a quelques années, d’ajouter la laïcité à la trilogie de devise républicaine, tout en mettant dans la Constitution les « racines chrétiennes de la France » : on voit bien de quelle « laïcité » il s’agit !), mais, hélas !, ils trouvent des alliés dans certains catholiques désorientés par la perte d’emprise de leur religion. (...)
La dernière affaire en date concerne une statue de Saint-Michel, installée sur une place publique aux Sables d’Olonne. Le Conseil d’Etat vient d’ordonner son déplacement (7 avril 2023), provoquant la fureur du maire divers-droite dénonçant « le grand effacement », version vendéenne, sans doute, du « grand remplacement » !, ce « vandalisme d’Etat, cette « inquisition wokiste » (comme d’hab. le « wokisme est mis à toutes les sauces ! A. Briand devait être « woke » !). Bruno Retailleau l’a soutenu, au nom de la défense de « notre identité », prétendant que « laïcité et laïcisme » se trouvent confondus. Les murs de la librairie de la Libre-Pensée ont été tagués et dégradés, une vitre a été brisée ; des rassemblements agressifs ont été organisés devant ses locaux. Voilà où on en est, dans la France de la loi « séparatisme », quand on veut simplement faire respecter la loi de 1905 et vivre ainsi en bonne intelligence avec ses concitoyens.