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Marie-Claude Saliceti
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Chroniques du Yeti
Le tireur fou et l’opinion publique : une écharde merdique sous la peau
Article mis en ligne le 22 novembre 2013

Au début, sur les photos, il était blanc de peau. Donc forcément un dérangé mental plutôt qu’un terroriste. Voilà maintenant qu’il aurait un nom à consonance quasi islamiste et qu’il serait d’origine algérienne. Doute ? Remise en question ? Non, trop tard, on est parti sur le thème de la folie, faut continuer…

En plus, son passif le cataloguerait plutôt à l‘“extrême gauche”. Abdelhakim Dekhar sera donc, au moins, un mythomane. Il ne peut pas en être autrement. Il faut expulser d’urgence cette écharde merdique de la si consensuelle peau sociétale.

Vous êtes-vous déjà pris une écharde merdique sous la peau ? Au début, votre réaction est d’arracher dare-dare l’intruse malencontreuse. Moyennant quoi vous en brisez la partie apparente dans votre précipitation. Et il vous faut curer votre propre chair avec une pince à épiler que vous n’avez même pas pris la peine d’aseptiser. (...)

Notre presse, par exemple, vous avez lu notre presse ? Vite, arracher l’écharde, il est exigé une acceptation de tous !

« Un type tordu qui a besoin de reconnaissance » (Libération).

« Un personnage insaisissable » (Le Figaro, qui rappelle qu’avant de rejoindre « l’ultra-gauche », l’écharde s’était engagée dans le 9e régiment de chasseurs parachutistes à Pamiers, dans l’Ariège).

« Abdelhakim Dekhar sera soumis à une expertise psychiatrique » (Le Monde).

Expertise psychiatrique qui, soit dit en passant, a déjà eu lieu en 1998, au moment de l’affaire Rey-Maupin, et qui conclura à un état de santé mentale tout à fait acceptable de l’intéressé.
Des lettres pas si “délirantes”

Et puis, il y a ces lettres trouvées par les enquêteurs, et aussitôt qualifiées de « délirantes » par ces derniers. Sauf que leur contenu, une fois révélé, s’avèrera beaucoup moins frapadingue qu’on voudrait nous le faire croire.

L’écharde Dekhar, ancien étudiant en philosophie, y dénonce pêle-mêle, le capitalisme, les journalistes aux ordres, les « médias qui participent à la manipulation des masses », les banques, « la gestion des banlieues »… Termine même, l’impie, par une citation de notre si cher “Chant des partisans”.

Bref, le quotidien de la moindre de nos manifestations d’indignés. Le fond et la forme de bien de nos conversations enflammées de comptoirs. Les pensées exaspérées qui agitent en les affolant tant de braves gens désarçonnés de ne plus comprendre ce que cette époque en folie leur réserve.

Vertiges de la poudrière

C’est que nous approchons douloureusement d’un dangereux point de rupture, de non-retour. Celui qui sanctionne l’absence durable de réponses politiques à nos questions de plus en plus impérieuses. (...)

’il suffit d’un rien pour que la rage des paysans dérape, que les ouvriers excédés ne se contentent plus de miner leurs entreprises condamnées avec des bouteilles de gaz, que les rapports alarmistes des préfets ne sont peut-être pas dénués de fond… Vertiges de la poudrière.

Sans catalyseurs à la Mandela, révoltes et émeutes restent ce qu’ils sont : des actes fous. (...)