Surprise, Éric Morvan, le préfet de 62 ans qui occupe le poste de directeur général de la police nationale, va faire valoir ses droits à la retraite
Après deux ans et demi passés à la tête des 150 000 fonctionnaires de police, le directeur général de la police nationale, Éric Morvan, jette l’éponge. Âgé 62 ans et après 43 ans au service de l’État, le patron des flics a choisi de devancer l’appel de la retraite, alors que les hauts fonctionnaires partent à 65 ans – et peuvent même prolonger jusqu’à 67 ans, depuis une loi votée en 2011. Le bruit de son départ courait depuis le début de l’été. Il l’a annoncé lui-même, lundi, à ses homologues préfets lors de ses vœux. (...)
C’est un haut fonctionnaire qu’on dit exténué après une période très intense à ce poste très exposé. Même si côté pression, Éric Morvan n’avait rien d’un bleu, il a en effet vécu les attentats terroristes de 2015 avec Bernard Cazeneuve alors ministre de l’Intérieur, dont il fut le directeur de cabinet adjoint. Mais à la Direction générale de la police nationale (DGPN), c’est lui qui était en première ligne.
Gilets jaunes et suicides dans la police
La crise des Gilets jaunes et le maintien de l’ordre au niveau national comme à Paris ou la vague de suicides de policiers – 59 en 2019, une année noire – ont atteint de plein fouet ce serviteur de l’État décrit comme « humain » à son arrivée en fonction alors que son prédécesseur Jean-Marc Falcone était perçu assez distant par ses troupes (...)
En dépit du matraquage médiatique, il n’a jamais cédé aux injonctions du mouvement dit des « policiers en colère » qu’il n’a jamais reçu. En républicain, il a estimé que seules les organisations syndicales, dont les représentants sont élus par leurs collègues, sont légitimes pour parler au nom des fonctionnaires. Son « impopularité », il la doit principalement à son absence de démagogie. Lors des débats sur le maintien de l’ordre à propos des Gilets jaunes, il refusait de mettre sur un pied d’égalité émeutiers, dont il estimait la violence illégitime, et gardiens de la paix qui détiennent, à ses yeux, le monopole de la « violence légale ». (...)
Contactée, la Direction générale de la police nationale n’a pas souhaité commenter le départ de son patron. Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d’État Laurent Nuñez devront rapidement trouver un successeur au futur retraité. Le candidat doit également être adoubé par Patrick Strzoda, le directeur de cabinet du président de la République, qui avait convaincu Emmanuel Macron de nommer Didier Lallement, préfet de police à Paris.