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Marie-Claude Saliceti
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Le « pari gramscien » de la France insoumise : un jeu politique risqué ?
Article mis en ligne le 4 mai 2017
dernière modification le 3 mai 2017

Avec son bon score, la France insoumise a validé la pertinence de sa stratégie populiste. Mais le désir de récupération du Front national, et le dialogue difficile avec les autres forces de gauche la contraigne à un équilibre périlleux, comme l’a montré la question du vote au second tour de la présidentielle.

Ils se sont prononcés : une courte majorité des membres de la France insoumise a opté pour le « vote blanc ou nul » au second tour de la présidentielle le 7 mai. Un résultat au fond assez attendu : les insoumis tiennent à leur étiquette civique, la révolution se devant d’être citoyenne –le programme des partisans de Jean-Luc Mélenchon prévoit de rendre le vote obligatoire– mais se montrent dans le même temps extrêmement réservés face à Emmanuel Macron, « le candidat des banques », « de l’extrême finance », selon eux, entre autre qualificatifs pas vraiment laudateurs, et ce même s’il se trouve au second tour face à l’extrême droite.

243.128 Insoumis sur 440 k se sont exprimés :
36,12%, pour un vote blanc ou nul
34,83%, pour un vote Emmanuel Macron
29,05% pour abstention

(...)

Certes, les principaux lieutenants de la France insoumise, avant Jean-Luc Mélenchon lui-même, se sont chargés de répéter la semaine écoulée : « pas une voix pour le Front national ! » Mais le fait de ne pas révéler son choix personnel entre un bulletin blanc ou Macron a troublé de la part d’un leader qu’on a connu en d’autres circonstances plus disert, se plaçant souvent dans le rôle du tribun éloquent et éducateur populaire, narrant à la façon d’un Michelet l’épopée du peuple dans le siècle. Alors que son histoire fermement ancrée à gauche le plaçait un temps comme premier adversaire du Front national, Jean-Luc Mélenchon est apparu cette fois davantage sur la défensive, dénonçant dans les injonctions à prendre parti une « manœuvre » pour « diviser le mouvement », et semblant chercher avant tout à serrer les rangs afin de mettre le cap sur les législatives.
Adresse au peuple

Une partie de l’explication réside peut-être dans l’évolution du positionnement politique de Jean-Luc Mélenchon, ainsi que du mouvement qu’il a suscité en vue de cette campagne : la France insoumise possède une tonalité différente de celle du Front de gauche en 2012. Alors que celui-ci se plaçait, comme son nom l’indique, dans la continuité historique de la gauche et de son électorat, la France insoumise a mis sous le boisseau ces marqueurs pour s’adresser, sans exclusive, à tout « le peuple », et lui désigner son adversaire : « l’oligarchie », « la caste ». (...)