Trois groupes néonazis étaient à l’affiche, samedi 6 mai, d’une soirée clandestine organisée dans une salle municipale de Saint-Cyr-l’École (Yvelines) nommée en mémoire de la rescapée de la Shoah. La mairie, bernée par les organisateurs, annonce à Mediapart saisir la justice.
Le rassemblement néonazi du samedi 6 mai, à Paris, en hommage au militant d’extrême droite Sébastien Deyzieu, n’a pas consisté qu’en un défilé d’activistes cagoulés et masqués, arborant des drapeaux noirs ornés de croix celtiques, dans les rues de la capitale.
La manifestation, durant laquelle le photographe de Mediapart Yann Castanier a été menacé, s’est prolongée par une soirée musicale néonazie organisée à l’espace Simone-Veil, une salle communale de Saint-Cyr-l’École (Yvelines), inaugurée en janvier 2022 et baptisée en l’honneur de l’ancienne ministre, rescapée de la Shoah et icône de la lutte pour les droits des femmes. (...)
Jointe lundi par Mediapart, la maire de Saint-Cyr-l’École, Sonia Brau (UDI – Union des démocrates et indépendants), affirme avoir appris par notre appel téléphonique la tenue, quarante-huit heures plus tôt, de ce concert clandestin.
Elle indique que la salle a été louée ce soir-là par un particulier pour un anniversaire et qu’aucune nuisance sonore ni dégradation de l’équipement n’a été constatée par les agents municipaux et les riverain·es. Cette salle, située dans une zone résidentielle de cette ville de quelque 20 000 habitant·es, est facilement accessible en transports en commun depuis la gare Montparnasse, c’est-à-dire non loin du point d’arrivée de la manifestation.
Se disant « révoltée » par les images de participants effectuant des saluts nazis, que Mediapart lui a exposées, l’élue annonce adresser un signalement à la procureure de la République de Versailles sur la base de l’article 40 du Code de procédure pénale, qui oblige toute autorité constituée d’informer la justice de délits dont elle aurait connaissance. Elle précise qu’elle se réserve le droit de déposer plainte dans un second temps.
Contactée pour savoir si elle avait, de son côté, été alertée de l’événement en amont, la préfecture des Yvelines n’a pas donné suite. Le service départemental du renseignement territorial déclare n’avoir « rien à communiquer ».
Dans un commu Selon plusieurs témoignages, la salle, d’une capacité de 299 personnes debout, était comble, agrégeant des aficionados de plusieurs générations.
Le flyer de l’événement, intitulé « Honneur et fidélité » (nom qui renvoie à la devise national-socialiste de la SS), révèle que divers groupuscules se sont associés pour mettre la soirée sur pied : le « Comité du 9-Mai », un collectif informel à l’origine de la marche de l’après-midi, le Groupe union défense (GUD), une organisation étudiante violente un temps inactive qui s’est reformée à l’automne 2022, ainsi que European Rebels, Ouest Casual et Straight Edge France, trois canaux de l’application Telegram prisés des adeptes de l’ultradroite.
Saint-Cyr-l’École est par ailleurs située à proximité de Versailles, fief du mouvement de jeunesse ultranationaliste Auctorum, allié au GUD. (...)
Sur une photo de la soirée publiée sur le compte Facebook du groupe de rock identitaire Francs-Tireurs Patriotes (FTP), Fabrice Robert et Pascal de los Rios posent devant la scène avec, en arrière-plan, une banderole géante du GUD, un drapeau du régiment Azov – bataillon paramilitaire ukrainien de volontaires d’extrême droite impliqué depuis 2014 dans le conflit avec la Russie – et un drapeau de l’Union nationale bulgare, un mouvement néonazi. Pascal de los Rios (à gauche) procède à cette à occasion à un salut de Kühnen à trois doigts, alternative au salut nazi. (...)
Dans un communiqué diffusé lundi sur son canal Telegram, le Comité du 9-Mai souligne la dimension européenne de l’événement, détaillant que des « camarades bulgares, italiens et hollandais » étaient présents samedi.
Contacté par Mediapart, Fabrice Robert n’a pas donné suite. Pascal de los Rios, lui, répète n’avoir « aucune réponse » à donner.
Autre groupe à l’affiche de la soirée clandestine : les Italiens de Katastrof, qui se définissent eux-mêmes comme jouant du « rock aryen ». (...)
Au centre de la troupe se trouve Alain Pérez, chanteur de feu Légion 88 (code qui correspond à l’abréviation HH – le H étant la huitième lettre de l’alphabet – signifiant « Heil Hitler »), groupe emblématique du RAC français. (...)
L’ultradroite multiplie les événements à Paris
Il n’est pas rare que des soirées néonazies clandestines aient lieu en France sur des terrains privés ou bien dans des salles communales louées sous des prétextes fallacieux. (...)
À Paris, en ce mois de mai, les groupes d’extrême droite multiplient, du reste, les événements militants. Dimanche 14 mai, soit sept jours après leurs homologues catholiques intégristes de Civitas, les royalistes de l’Action française prévoient un défilé en hommage à Jeanne d’Arc au départ de la place de l’Opéra.
Et une semaine plus tard, le 21 mai, la fine fleur de l’extrême droite hexagonale se réunira au Pavillon Wagram, dans le XVIIe arrondissement, pour une journée en hommage à l’essayiste Dominique Venner, dix ans jour pour jour après son suicide devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
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– Manifestation néofasciste autorisée : le préfet de police Nuñez est lâché par Darmanin-quotidienne-20230509-182503&M_BT=167753986353]
Lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, mardi 9 mai, le ministre de l’intérieur a indiqué que « vu ce que nous avons vu dans les rues de Paris » samedi, il avait désormais « donné comme instruction au préfet de police » de « prendre des interdictions » pour toute demande émanant de « militants d’ultradroite ou d’extrême droite », ou « de toute association ou collectif à Paris comme partout sur le territoire national ».
L’objectif de Gérald Darmanin : laisser « les tribunaux juger de savoir [sic] si la jurisprudence permettra en effet de tenir ces manifestations ». Le ministre bat ainsi en brèche l’un des principaux arguments du préfet de police de Paris Laurent Nuñez, à savoir qu’il ne disposait pas d’éléments suffisants pour interdire la manifestation néofasciste qui s’est tenue à Paris, samedi 6 mai.
Le ministre de l’intérieur demande aux préfets d’interdire toutes les manifestations d’ultradroite, contredisant le préfet de police de Paris, qui a répété qu’il ne disposait pas d’éléments suffisants pour interdire la manifestation néofasciste qui s’est tenue le 6 mai dans la capitale. (...)
Cagoules, références nazies et actions violentes
Ces propos interviennent après que des élu·es, avocat·es ou juristes ont au contraire estimé ces derniers jours qu’il y avait plusieurs leviers pour démontrer le risque de trouble à l’ordre public. À l’instar de l’avocate Sarah Kerrich-Bernard, conseillère régionale socialiste des Hauts-de-France. (...)