On pourrait croire la guerre froide revenue : l’Ukraine, dont la capitale voit défiler des milliers de manifestants, est encore sommée de choisir entre Est et Ouest. Voici de quoi mieux comprendre ces heures décisives.
Des foules considérables bravant le froid pour réclamer un accord avec l’Europe, un Président qui s’accroche à son poste et va chercher l’aide financière et politique de Moscou, une terre coupée en deux zones d’influence... L’Ukraine, un pays plus grand que la France aux portes de l’Union européenne, vit des heures décisives, et pourtant, l’écho de ces convulsions nous parvient feutré. (...)
Comme toujours, les caricaturistes résument bien la situation. Un manifestant qui se les gèle sur la place de l’Indépendance à Kiev, est interrogé :
« Vous préférez avoir froid avec la démocratie européenne, ou avoir chaud avec le gaz autoritaire de Poutine ? »
Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a choisi. Mardi à Moscou, il a conclu un accord avec Vladimir Poutine garantissant 15 milliards de dollars pour les finances ukrainiennes en ruines, et réduira d’un tiers le tarif de ses livraisons de gaz à l’Ukraine.
La Russie, contrairement à l’Union européenne, n’assortit son aide d’aucune conditionnalité économique ou budgétaire... Pas d’austérité ou de rigueur. Pas même, à ce stade, d’adhésion à l’Union douanière que Moscou forme avec le Bélarus et le Kazakhstan et qui accentue la constitution d’un bloc solide autour de la Russie.
L’Ukraine, un enjeu trop important pour être négligé
Sommet Ukraine-Russie au Kremlin à Moscou, le 17 décembre 2013 (Sergei Karpukhin/AP/SIPA)
Le prix à payer est politique : l’Ukraine reste ainsi fermement ancrée au « pôle » russe, et tourne le dos à l’Union européenne, au grand dam des dizaines ou centaines de milliers de manifestants qui, depuis deux semaines, défient le pouvoir dans les rues de Kiev et d’autres grandes villes. (...)