Les compagnies de l’agrobusiness, Monsanto en tête, ont-elles joué un rôle dans l’éviction du président paraguayen ? Fernando Lugo a été destitué le 22 juin lors d’une procédure d’urgence instaurée par le Sénat en moins de quarante-huit heures. La veille, la Chambre des députés a voté en faveur de sa révocation, considérant qu’il avait exercé ses fonctions d’une façon « impropre, négligente et irresponsable ». Les événements en cause remontent au 15 juin. Une opération de police vise alors à déloger des paysans sans terre à Caruguaty, à 250 kilomètres au nord-est de la capitale. Elle s’achève par la mort de onze manifestants et de six policiers. Le Parlement, contrôlé par la droite, accuse Fernando Lugo d’avoir « attisé les tensions » entre les petits paysans et les propriétaires terriens.
(...) Le Président avait promis de récupérer les terres acquises illégalement durant la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989) et de redistribuer des milliers d’hectares.
Ce projet a cristallisé l’opposition des grands propriétaires fonciers et des multinationales du secteur agroalimentaire. Les brevets déposés par la firme Monsanto n’ont, par exemple, pas été avalisés par l’administration. Cette politique hostile à l’agrobusiness a visiblement précipité la chute de « l’évêque des pauvres ». (...)
En mai 2010, Fernando Lugo avait défié les sojeros (les gros producteurs de soja) en proposant la régulation de l’usage des pesticides. Le lendemain même, des pressions l’obligeaient à retirer son projet de loi. Cette fois, l’agrobusiness a été plus fort que la démocratie. (...)
lire aussi :Au Paraguay, la destitution de Fernando Lugo en cinq questions