Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Acrimed
Laurent Baffie s’amuse ? Salut les sexistes !
Article mis en ligne le 28 septembre 2017

Au cours de l’émission « Salut les terriens ! » diffusée le 23 septembre sur C8, Laurent Baffie soulève la jupe de Nolwenn Leroy sous les rires de Thierry Ardisson, qui interroge : « C’est pour l’audience ? ». « Faut du cul ! Faut du cul ! », s’empresse de répondre le chroniqueur/humoriste, secondé par un présentateur simulant la réprimande à coups de propos sexistes : « C’est une jeune maman Laurent ! ». Et Baffie de conclure l’échange : « Une belle jeune maman ! »

Cette séquence, et les réactions qu’elle a provoquées dans certains médias comme Public, Gala ou encore dans l’émission « Touche pas à mon poste », témoignent de l’enracinement dans les médias de ces comportements qui nourrissent la culture du viol [1]. Comme à chaque fois, la défense-réflexe d’un collègue (et ami pour certains) adoubé pour son « franc parler », le divertissement et l’ambiance « bon enfant » de l’émission sont brandis comme autant de paravents justifiant que l’on appelle « blague », « jeu », ou que l’on présente comme un simple « geste déplacé », voire comme un simulacre ce qui est en réalité une agression. (...)

Cette agression est d’autant plus grave qu’elle prenait à témoin des téléspectateurs qui pour nombre d’entre eux pouvaient s’en réjouir, comme ils pouvaient se réjouir des propos sexistes qui soutenaient l’agression. La réaction « C’est une jeune maman ! » revêt en effet ici un caractère doublement pervers : elle ramène tout d’abord Nolwenn Leroy à son statut de mère, alors que la chanteuse est invitée pour promouvoir son nouvel album. Puis, prononcée sur le ton de la réprimande – surjouée et feinte qui plus est – elle laisse à penser que le fait d’être une « jeune mère » fait figure d’exception et constitue en lui-même un argument contre ce qui vient de se passer. Comprenons : « Pour toutes les autres, ce n’est pas grave, mais elle c’est une jeune mère, alors quand même ! » : voilà qui alourdit encore un peu plus le dossier « Sexisme médiatique » de l’émission « Salut les terriens ! » [2].

Le « bienveillant » Laurent Baffie
Depuis l’émission, cette agression fait l’objet d’analyses et de commentaires dans les médias, pour le meilleur [3]… mais également bien souvent pour le pire.

Sur la première marche de ce sinistre podium, un article de Gala signé de « La rédaction » le lendemain de l’émission de C8, dans lequel on peut lire ceci :

À la bonne heure ! (...)

Non contente de peiner à nommer un acte condamné par la loi [4], la rédaction de Gala écume un à un les procédés rhétoriques contribuant à minimiser l’agression et, ce faisant, à la légitimer. Le magazine féminin prend moins de pincettes et use de moins de guillemets lorsqu’il s’agit de défendre ouvertement Laurent Baffie, un homme « bienveillant » ayant le « compliment » – ce que Gala estime être un compliment – facile… Et comme ce n’était pas suffisant, Gala renvoie à un second article de son cru, véritable chanson de gestes retraçant le parcours d’un papa exemplaire ayant « à cœur de défendre [la lutte contre] les violences conjugales »

Apporter toutes les preuves de la bonne foi de l’agresseur en oubliant totalement la victime… De telles saillies en disent long sur les complaisances dont bénéficie le sexisme dans certains médias.

Un phénomène dont le magazine Public sait quelque chose, qui, de fioritures en euphémismes, romance et édulcore à outrance son « récit des faits » (...)

Suite aux nombreuses plaintes d’internautes, le CSA a effectivement ouvert une enquête. Thierry Ardisson a réagi :

Je suis un citoyen français qui répond aux lois de mon pays. Si une association de lutte contre le remonté de jupe m’attaque, très bien. Mais, moi, le CSA, je ne reconnais pas cette juridiction intermédiaire ! Le truc coûte 40 millions d’euros par an à la collectivité nationale, au moment où on ampute le budget de FranceTélévisions de 80 millions d’euros ! Le CSA s’appuie sur des signalements, je déteste ce système de dénonciation anonyme. On se croirait en 1942, époque où les Français avaient déjà une fâcheuse tendance à dénoncer. […] Je fais ce que je veux ! C’était une blague entre Laurent Baffie et Nolwenn Leroy qui sont par ailleurs très très potes ! [6]

« Je trouve cela incroyable ! C’est Orwell ! On rêve ! », lance encore le présentateur…

On ne peut que lui retourner l’indignation : dans le petit monde des « Terriens », l’ignorance c’est la force, et l’agression le consentement.