Sur son expression « l’heure de nous-même »
« Face au sentiment que la catastrophe est déjà en cours, il faut créer un "nous". Ma réponse, c’est que la gauche, avant d’être des partis, des élus, c’est d’abord accompagner, mobiliser, écouter, apprendre des refus de la société, de ses mobilisations. La gauche et la République se sont toujours inventées comme ça. »
« Le problème de la gauche, depuis qu’elle est arrivée, sous la Vème République, au pouvoir, c’est qu’elle a progressivement tourné le dos à ce mouvement de la société, au point d’en venir à se méfier d’elle et de se placer du côté de l’ordre établi, du côté du conservatisme. »
« L’urgence climatique n’est pas venue d’en haut, d’une avant-garde autoproclamée, c’est venu des militants, de la jeunesse, de ceux qu’on considérait comme des extrémistes. »
Sur la présidentielle
« Il ne faut jamais prétendre prédire l’avenir. Il y a des accidents, des surprises. Je n’ai pas de mépris envers celles et ceux qui veulent obtenir des suffrages et prendre des responsabilités. On a oublié que la gauche doit soulever des montagnes. Il y a des intérêts économiques, des puissances financières, du conservatisme qui est installé. Pour soulever la montagne, il faut un levier : le rapport de force dans la société. Ce n’est pas simplement du verbe, des leaders. »
« La gauche a réduit la politique à l’élection, et donc aux professionnels de la politique. Comme si changer la société, c’était d’abord par l’élection. Non, c’est d’abord militer et organiser la société. »
« Le présidentialisme est une perdition, il abrutit tout le monde et donne ce virilisme des campagnes électorales. C’est l’inverse même de ce que la gauche défend historiquement, qui est la délibération collective, l’égalité, la culture et la vitalité démocratique. »
Sur la défiance de la gauche vis-à-vis des mouvements sociaux
« Pourquoi la gauche est triste et divisée ? Parce que les partis ont loupé toutes les occasions de mobiliser la société. Ils se sont pincé le nez, qu’il s’agisse des gilets jaunes, des mobilisations des jeunes des quartiers, des radicalités liées au climat, de #MeToo. »
« Depuis 40 ans, les partis ont perdu sans cesse des militants. Ils n’ont pas cherché à en recruter. Ce sont des partis où les militants n’ont pas le contrôle de ce qu’il se passe. »
« Quand on vit de la politique, on a un rapport malsain à l’État. La politique devient la prise de contrôle de l’État. Mais l’État n’est pas neutre. Il est infiltré des rapports de force sociaux. »
« Vivre de la politique, c’est ne pas avoir de métier pendant des décennies. Ça crée, socialement, un monde politique qui se pense plus sachant que la société, et qui n’est plus dans la société. Être de gauche, c’est d’abord lutter là où on travaille, dans son entreprise. »
« Le décalage entre ce monde politique professionnel et cette vitalité de la société se traduit par une jeunesse qui ne veut pas voter. C’est une abstention très politisée. Il faut reconstruire ce lien. »
« Résister à la saloperie, à la violence, à l’extrême droite, ça ne se passera pas par un débat à la télé, ça se passera par la construction d’un rapport de force dans la société. »
Sur le projet politique de la gauche
« C’est dans la résistance que se crée le projet. C’est la mobilisation de la société qui met à l’agenda du débat politique des questions que les autres voulaient ignorer. »
« Il y a un problème de culture démocratique. Regardons la campagne législative allemande : on n’y parle pas de migrants, d’identité. On parle d’urgence écologique, de questions sociales. Pourquoi ? Parce qu’il y a eu une culture démocratique différente. La France est une démocratie de très basse intensité à cause du cancer du présidentialisme. En ramenant tout au pouvoir d’un seul, la démocratie, qui est l’arme première des dominés, dysfonctionne. »
« Si les médias déconnent, c’est parce que le système démocratique déconne. Nous ne sommes pas un pays démocratique, nous ne sommes pas une République – encore moins démocratique, sociale et écologique –, nous sommes une monarchie. »
Sur la question coloniale
« La question coloniale, c’est la question française : la France a fait, y compris les gauches, à partir des années 1962 et l’indépendance de l’Algérie, comme si la question coloniale n’était plus son problème puisqu’il y avait des pays indépendants. »
« La France a oublié qu’elle restait une puissance coloniale car grâce à sa domination sur d’autres peuples, elle est le deuxième domaine maritime du monde derrière les Etats-Unis. »
« Il y a eu une gauche colonialiste. »