Du 20 au 23 septembre, les représentants des États de la planète se réunissent à Monaco. Leur objectif : adopter un « résumé des décideurs » extrait du prochain rapport du Giec sur les océans et les glaciers. Car sous l’effet du dérèglement climatique, nos océans pourraient bientôt submerger littoraux, îles et cités côtières.
C’est la petite vague qui monte, qui monte… En cas d’un réchauffement mondial, très probable, de 3 °C ou 4 °C, le niveau des mers devrait augmenter d’un mètre environ d’ici à la fin du siècle. Voilà un des résultats alarmants du prochain rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) « sur les océans et la cryosphère » [la cryosphère désignant les portions de la surface terrestre où l’eau est solide], à paraître le 25 septembre prochain. Dès ce vendredi et jusqu’au 23 septembre, plusieurs experts de ce groupe intergouvernemental se réunissent à Monaco en compagnie des représentants des États, afin d’adopter un « résumé des décideurs ». Cette substantifique moelle doit reprendre, dans une trentaine de pages, les principales conclusions de l’épais rapport corédigé par des dizaines de scientifiques à travers le monde.
Le géographe Alexandre Magnan est l’un de ces spécialistes présents à Monaco. Joint par Reporterre, ce chercheur de l’’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) rappelle combien « l’océan joue un rôle crucial par rapport au changement climatique » : « Il absorbe 90 % de la chaleur de l’atmosphère, émet de l’oxygène, capte du CO2, détaille-t-il. Sans l’océan, nous ne serions plus là depuis longtemps, c’est le grand joueur de la partie climatique. » Un allié qui pourrait se révéler un imprévisible ennemi, sous le coup du dérèglement des températures. Surtout si l’élévation du niveau des mers se poursuit suivant les pronostics des scientifiques. (...)
La montée des eaux pourrait ainsi déplacer au moins 280 millions de personnes, dans un scénario optimiste (...)
Des effets désastreux sont ainsi à prévoir sur nos littoraux : le Giec estime que 20 % à 90 % des zones humides devraient être perdues d’ici 2100. (...)
Dernière conséquence, et non des moindres, le changement climatique pourrait accélérer l’érosion des côtes, « par la réduction du débit des cours d’eau, par la modification des usages de l’eau [et la multiplication des barrages qui piègent les sédiments avant leur arrivée sur le littoral], et par l’augmentation de l’intensité des tempêtes », précisait la Fabrique écologique.
La montée des eaux pourrait ainsi déplacer au moins 280 millions de personnes, dans un scénario optimiste d’une hausse de 2 °C de la température mondiale. Si les petites nations insulaires devraient être durement touchées, aucune zone du globe ne paraît épargnée (...)
D’ici la fin du siècle, et dans un scénario optimiste d’élévation du niveau de la mer de 45 cm seulement, 440.000 Européens pourraient être amenés à quitter définitivement leur logement. Premiers touchés, les Pays-Bas, suivis de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Outre les populations, ce sont des terres cultivées, des bâtiments, des établissements publics, des infrastructures qui pourraient être détruits. (...)
D’après le Giec, de nombreuses mégapoles côtières seraient frappées d’inondation chaque année à partir de 2050. Jakarta, Tokyo, Shanghai ou Bombay, mais également Londres, New York, Istanbul et l’ensemble des villes des Flandres et des Pays-Bas, se trouvent sur la liste rouge.
Si l’eau monte autant, c’est que la glace fond, et plus vite que prévu (...)
Outre les calottes polaires, les glaciers situés à basse altitude, comme en Europe centrale, dans le Caucase, l’Asie du Nord et la Scandinavie, devraient perdre plus de 80 % de leur volume d’ici 2100. Plus globalement, toutes les glaces de montagne sont en sursis.
L’accès à l’eau potable pourrait devenir très compliqué (...)
Quand ces masses de glace auront disparu, elles ne pourront plus jouer leur rôle de château d’eau naturel atténuant les sécheresses. (...)
Enfin, selon les experts du Giec, un tiers, voire jusqu’à 99 % du pergélisol, cette couche de sol gelée en permanence, pourrait fondre d’ici 2100 si le réchauffement climatique continue au rythme actuel. Loin d’être anecdotique, cette quasi-disparition d’une couche glacée recouvrant une large partie de la Sibérie, du nord de Canada ou de l’Alaska pourrait entraîner une augmentation du réchauffement climatique, le pergélisol piégeant de grandes quantités de méthane, un puissant gaz à effet de serre.
Bref, il ne reste plus qu’à enfouir notre cou d’autruche dans la neige qui fond ! « Non, rétorque Alexandre Magnan, aucun effort n’est vain. » Selon le chercheur, à 2 °C, « on reste avec un océan qu’on connaît, alors que dans un monde à 4 ou 5 °C, c’est un autre univers, insiste-t-il. Lors de la dernière période glaciaire, on avait 5 °C de moins qu’aujourd’hui et une grande partie de l’Europe se trouvait sous la glace… Donc, imaginez avec 5 °C de plus ! » Il n’y a donc pas à tergiverser, poursuit-il, puisque « même s’il y a une forme d’irréversibilité dans la montée des eaux, on peut la freiner en se rapprochant d’une sobriété carbone et en se préparant ». Atténuer au maximum et s’adapter, tel est le credo qu’il répétera certainement à Monaco.
Car des solutions existent, de la construction de digues à celle d’îles flottantes en passant par la relocalisation des populations littorales. « On sait faire, souligne-t-il, ce qui nous manque, c’est la capacité de faire des choix de société et la volonté politique. »