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France Bleu
La directrice de Sciences-Po Grenoble répond aux accusations de "dérives idéologiques" de Laurent Wauquiez
Article mis en ligne le 21 décembre 2021

Au lendemain de la suppression des financements de la région Auvergne-Rhône-Alpes à Sciences-Po Grenoble pour cause de "dérive idéologique et communautariste", sa directrice Sabine Saurugger répond à Laurent Wauquiez sur le fond et sur les conséquences pour les étudiants précaires.

Tout est parti de l’intitulé d’un séminaire de Sciences-Po Grenoble qui aurait pu s’intituler "Racisme, antisémitisme et islamophobie". Un des professeurs de l’IEP, Klaus Kinzler, ne souhaitait pas voir associés ces 3 mots, il l’a dit par mail à ses collègues. Ces échanges ont été rendus publics, ce qui a abouti à une dénonciation publique d’une vingtaine d’étudiants qui ont collé en mars dernier sur les murs de l’Institut des banderoles avec le nom de l’enseignant et qui dénonçait son "islamophobie". (...)

Depuis, les étudiants sont passés en conseil de discipline, 17 ont été relaxés, une jeune femme a été sanctionnée par une exclusion avec sursis. Klaus Kinzler s’est exprimé dans les médias pour déplorer en termes vifs le manque de soutien de l’équipe dirigeante de Sciences-Po. C’est à cause de ces déclarations qu’il a été suspendu pour 4 mois. Et la nouvelle s’ébruitant, Laurent Wauquiez a décidé de suspendre le financement annuel d’environ 100.000 euros de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Interrogée sur France Info, voilà comment Sabine Saurugger, directrice de l’IEP réagit à cette décision qui va priver, dit-elle, des étudiants précaires de bourses pour financer leurs études :

Sabine Saurugger : Je dois vous dire tout d’abord que je découvre avec stupéfaction l’image qui est dépeinte de Sciences-Po Grenoble dans les médias. Ce n’est pas l’établissement que je dirige. L’IEP est un établissement républicain où on forme des jeunes hommes et femmes pour devenir des décideurs de demain. Et c’est un établissement où on respecte la laïcité, on respecte la plus stricte liberté d’expression et la liberté académique. Et ces libertés sont garanties dans l’enseignement, dans la recherche et dans des nombreux projets qui sont menés aussi bien par les collègues que par les enseignants.

Le président de la région, Laurent Wauquiez, a donc décidé de suspendre un financement de 100.000 euros à l’établissement. C’est très embêtant pour vous ?

C’est une décision que nous regrettons vivement parce que cette décision risque de priver des nombreux étudiants précaires des bourses qui leur permettent de financer leurs études. Le soutien financier de la région Auvergne Rhône-Alpes, consiste essentiellement en l’attribution des bourses aux étudiants ou soutien aux projets de formation et à l’action sociale. Bien évidemment, cet arrêt est extrêmement difficile pour les étudiants qui sont concernés. (...)

Les attaques contre Klaus Kinzler et contre plusieurs de ses collègues sont tout simplement inadmissibles et sont absolument graves.

Mais vous ne les avez pas vraiment sanctionnées ?

C’est une question très importante que vous posez ici. C’est une question qui, en fait, ne relève pas de Sciences-Po Grenoble. Le rectorat de région a délocalisé ces mesures de cette saisine de la commission de discipline à l’Université Clermont Auvergne et c’est la commission totalement indépendante de Sciences-Po Grenoble, sans aucun lien avec Sciences-Po Grenoble, qui a pris la décision de relaxe (NB : relaxe des étudiants, sauf une exclusion temporaire avec sursis) à l’unanimité.

(...)

COMMUNIQUÉ – MISE AU POINT DE LA DIRECTION DE SCIENCES PO GRENOBLE-UGA

Grenoble, le 21 décembre 2021

La direction de Sciences Po Grenoble-UGA a appris par voie de presse la décision de Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne Rhône-Alpes, de « suspendre (…) tout financement et toute coopération avec l’établissement ».

Pour rappel, le soutien financier de la Région en lien avec l’IEP de Grenoble-UGA ne consiste pas en des subventions mais essentiellement en l’attribution de bourses aux étudiants, de soutien aux projets de formation continue et à l’action sociale, notamment pour faciliter l’accès d’un jeune public éloigné ou empêché à l’enseignement supérieur et à l’emploi.

Cette décision regrettable risque ainsi d’affecter des étudiants et publics ayant des difficultés d’accès aux études supérieures ou à une formation.

Cette décision semble par ailleurs motivée par un motif politique, davantage que par la réalité de la situation au sein de l’institution, alors même que l’IEP Grenoble-UGA aurait à gagner du soutien de tous les acteurs soucieux de l’intérêt des étudiants et de la communauté universitaire.

La direction estime ainsi nécessaire de rétablir certains faits, tout en réitérant son attachement à la sérénité des expressions de chacun.
1. La direction se tient toujours aux côtés des équipes de l’IEP Grenoble-UGA lorsque nécessaire, mais réprouve toute instrumentalisation de cas particuliers

Plusieurs professeurs, dont M. Kinzler, ont subi ces derniers mois des attaques et des menaces inadmissibles entraînant de graves conséquences, y compris pour leur sécurité. La direction s’est tenue à leurs côtés comme elle se tiendrait sans réserve aux côtés de tout collègue pouvant subir des pressions ou des attaques personnelles en raison de ses opinions (...)

Pour autant, les relations entre un professeur au sein de l’IEP et la direction sont du ressort des relations entre un employeur et un membre de son personnel ; elles sont à ce titre de nature privée. La direction de l’IEP de Grenoble-UGA n’a ainsi pas vocation à s’étendre publiquement sur des mesures de nature disciplinaire prises au sein de son établissement à l’égard d’un agent public.

Elle rappelle simplement que toute décision de ce type est scrupuleusement fondée sur des éléments objectifs, déconnectés des remous du débat public et strictement relatifs aux obligations professionnelles des personnels de l’IEP de Grenoble-UGA et au statut de fonctionnaire. Elle joue pleinement son rôle et suit en ce sens les recommandations du rapport de l’IGESR de mai 2021, notamment sa toute première recommandation.

La direction de Sciences Po Grenoble-UGA désapprouve par conséquent toute instrumentalisation pouvant entretenir la moindre ambiguïté quant à sa position ou à ses motivations.
2. L’IEP de Grenoble-UGA est une institution ancrée dans la République et traversée par les mêmes débats que la société

L’IEP de Grenoble-UGA fait désormais l’objet d’accusations ineptes de « dérive idéologique et communautariste », de « wokisme » ou encore de « cancel culture », qui n’ont aucun fondement ni réalité dans son fonctionnement.

Les débats qui traversent la société ont nécessairement une résonance particulière au sein d’une école d’études politiques qui vit au rythme de la démocratie et des grands débats de son époque depuis sa fondation en 1948.

Mais Sciences Po Grenoble-UGA, comme toute institution universitaire en France, est un établissement de la République, fermement attaché à ses principes fondamentaux, à la laïcité et à l’universalisme. (...)

La direction de l’IEP Grenoble-UGA considère les menaces qu’ont subies deux professeurs, fait inédit au sein de l’établissement, comme particulièrement graves, d’autant plus après l’attentat commis à l’encontre de Samuel Paty. Elles sont le prolongement consternant et imprévisible d’un conflit interpersonnel porté de manière incontrôlée sur la place publique. Elles sont également le fait de comportements virulents, malveillants et minoritaires qui sont le reflet de tensions qui traversent la société, et dont les conséquences peuvent être préoccupantes. Il est du rôle d’une institution d’enseignement supérieur comme Sciences Po Grenoble-UGA de protéger de telles dérives les personnes qui y enseignent et qui y étudient.

La direction de l’IEP, établissement composante de l’UGA depuis le 1 janvier 2020, prend pleinement la mesure de cette problématique et s’engage dans un travail de réflexion pour adapter ses moyens et ses dispositifs, pour prévenir de telles situations à l’avenir et retrouver la pleine sérénité au sein de l’établissement. (...)

D’ici là, la direction reste pleinement ouverte au dialogue avec tous les acteurs attachés à Sciences Po Grenoble-UGA et disposés à apporter leur contribution pour faire avancer les choses.

Y compris le président de Région, dont nous souhaitons qu’il puisse revenir sur sa décision dans l’intérêt des étudiants et de la communauté éducative, d’autant que les motifs avancés à ce jour seraient susceptibles de conduire à son irrégularité.

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