Frédéric Bort, l’ancien directeur de cabinet de Georges Frêche, a annoncé son ralliement au Rassemblement national mercredi 12 mai. Une semaine plus tôt, il était en garde à vue dans une affaire d’abus de bien social présumé, selon des informations de Mediapart.
(...) Le maire de Perpignan, Louis Aliot, a vanté avec enthousiasme les qualités de cet « homme qui n’est pas sectaire » et qui permettra selon lui « d’élargir l’assise électorale » de l’extrême droite, dans des terres où elle enchaîne déjà les succès électoraux.
Mais il est une ligne du CV de Frédéric Bort que les leaders du RN se gardent bien d’évoquer. (...)
Tout juste une semaine avant de se lancer officiellement dans la bataille, M. Bort a été placé en garde à vue, le 4 mai, dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet de Montpellier pour des faits présumés d’« abus de biens sociaux » et « recel d’abus de bien sociaux », selon des informations de Mediapart.
Interrogé par le journal Métropolitain sur son passage par la gendarmerie, Frédéric Bort, qui travaille dans le vignoble familial de Saint-Christol, avait étonnement soutenu, le 6 mai, ne pas avoir été auditionné en tant que suspect par les enquêteurs. « Non, non, il ne s’est rien passé, je n’ai pas été placé en garde à vue », déclarait-il alors.
Pourtant, le candidat RN a bien été entendu en garde à vue, avec un autre suspect, par les enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie de Montpellier, ainsi que l’a confirmé à Mediapart le procureur de la République de Montpellier Fabrice Bélargent. « À l’issue, ces deux personnes ont été remises en liberté sans qu’aucune poursuite ne soit en l’état engagée et l’enquête se poursuit », a précisé le procureur. (...)
En attendant, la situation de M. Bort ne semble poser aucun problème au sein du RN. Il est vrai que le parti est tellement cerné par les affaires (lire ici) que sa présidente Marine Le Pen a volé au secours de Nicolas Sarkozy après sa condamnation historique (dont l’ex-président a fait appel) pour des faits de corruption en mars dernier.
Dans la région Bourgogne-Franche-Comté, le parti lepéniste a aussi été jusqu’à propulser en tête de liste l’élu Julien Odoul, mis en examen en avril 2019 pour « recel de détournement de fonds publics » dans la vaste enquête sur les soupçons d’emplois fictifs du FN au Parlement européen (lire ici). Personne, au RN, ne s’est élevé contre ce choix, tandis que ses adversaires restent bien timides sur ce sujet.
Dans l’Hérault, le ralliement de Frédéric Bort n’a pas manqué de faire réagir les héritiers du frêchisme. À commencer par Claudine Frêche, la veuve de l’ancien président de région qui est la présidente d’honneur de l’association créée en sa mémoire. « Je m’élève avec vigueur sur l’utilisation du nom et de l’action de Georges Frêche par ce candidat du RN », a-t-elle réagi, soulignant que l’ancienne figure tutélaire de la région, « fils de résistant et d’une institutrice laïque », « s’est battu toute sa vie contre l’extrême droite ». « Ses actes sont là pour le démontrer, notamment la politique qu’il a menée concernant l’éducation, les transports, les logements sociaux, l’égalité femmes-hommes ou la solidarité internationale, autant d’actions combattues par le RN depuis des décennies dans ce territoire », a-t-elle ajouté.
Plusieurs anciens collaborateurs de M. Frêche ont aussi dénoncé l’opportunisme de celui qui a finalement rejoint l’extrême droite après avoir échoué à se faire une place au Parti socialiste puis chez les macronistes. (...)