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Marie-Claude Saliceti
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La Tunisie entre crise économique, crise sociale et impasse politique
Article mis en ligne le 26 janvier 2014
dernière modification le 23 janvier 2014

Quel bilan, trois ans après la chute de Ben Ali, arrachée au prix d’une insurrection révolutionnaire, qui a couté en nombre de victimes : 317 tué-e-s et 2 147 blessé-e-s. Quelles perspectives pour la Tunisie au cours des semaines et des mois à venir ? Nous rappellerons, d’abord, les raisons de la révolution, avant de tenter de déterminer, ensuite, quelles en seront les issues possibles.

Il est incontestable que la crise sociale fut la cause principale de la déferlante populaire qui a déboulonné, au bout de 29 jours, l’un des plus redoutables dictateurs de la région.

La crise de l’emploi est au cœur du problème social en Tunisie. Elle se caractérise par un taux de chômage structurel élevé (15% en moyenne), et surtout, par l’extension du sous-emploi qui concerne deux actifs occupés sur trois.

À cela s’ajoute une dégradation assez nette du pouvoir d’achat des classes laborieuses, notamment les salariés, qui représentent 72% des actifs occupés.

La crise sociale a été nourrie aussi, durant près d’un quart de siècle, par une politique permanente d’austérité budgétaire, combinée avec une libéralisation économique agressive, au profit des entreprises transnationales européennes et de la finance internationale.

Le tout, s’est traduit par un recul social généralisé, une dégradation assez nette des conditions de vie des classes populaires et l’extension de la pauvreté extrême (le ¼ de la population totale).

Il faut signaler aussi, à propos de cette crise sociale, que l’apparition et l’extension rapide du chômage des diplômés de l’université, de 5 900 en 1994 leur nombre a atteint 139 000 en 2010, a joué un rôle décisif dans le déclenchement de la révolution.

De plus, le durcissement du caractère répressif du pouvoir politique, auquel il faut ajouter l’extension de la corruption et les pratiques criminelles dans la sphère économique de la part des familles, et des familles par alliance, du couple présidentiel, a aussi nourri le mécontentement et les sentiments de révoltes parmi les classes populaires et la jeunesse.

La situation générale s’est nettement dégradée. Plusieurs gouvernements se sont succédé au pouvoir, les deux derniers ont été dominés par les islamistes. Tous ont poursuivi la même politique économique et sociale capitaliste néolibérale de Ben Ali.

La crise de l’emploi s’est aggravée (...)

Face à l’extension et l’approfondissement de la crise, les mobilisations populaires avaient repris de plus belle, surtout le mois d’août pour réclamer la démission du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée Constituante, dominés par les islamistes. Les grèves ouvrières sectorielles ce sont intensifiées, et plusieurs grèves générales régionales, appelées par le syndicat ouvrier, ont été accomplies par l’ensemble de la population.

Au début du mois d’octobre, les islamistes ont fini par accepter, sous la pression de la rue, le principe de démission de leur gouvernement, et ont engagé le dialogue avec les principales forces politiques afin de mettre en place un nouveau gouvernement ‘non politique’, de terminer la Constitution et de fixer la date des prochaines élections. Ce dialogue, qui se poursuit à ce jour, est parrainé par les deux organisations syndicales et patronales.

Tout en acceptant de dialoguer et en disant être prêts à démissionner de leur gouvernement, les islamistes ont cherché tout au long des six derniers mois à retourner la crise en leur faveur, à diviser leurs adversaires et à mettre en place les conditions qui garantiront leur retour rapide au gouvernement. (...)

au moment où la crise gagne du terrain, la réponse que veulent imposer les Institutions financières internationales et régionales, et leurs alliés locaux, aussi bien les islamistes (au pouvoir) que les ’modernistes’ (une partie de l’opposition), est plus d’austérité, de rigueur budgétaire et de libre-échange ! Le relais essentiel, et l’arme à la fois, de cette contre-offensive néocoloniale, n’est autre que la dette. (...)

Le budget 2014 et la loi de finances qui l’encadre se définissent comme étant de la rigueur. En fait, une rigueur budgétaire à l’adresse des salariés, des jeunes et des classes populaires qui sont visés par des mesures fiscales supplémentaires, côté mobilisation des ressources financières pour le budget, et par des mesures d’austérité, côté dépenses. (...)

le poids de la dette dans le budget de l’État s’est très nettement alourdi. Dans le budget 2010, les ressources propres de l’État représentaient 83% du budget et les ressources d’emprunt 17%. En 2014, ce rapport est passé à 72% contre 28%. (...)

le service de la dette extérieure de l’État coûtera en 2014, plus de 2 Mds €. Dans le même temps, l’éducation recevra 1,6 Mds €, la santé 0,67 Mds €, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique 0,62 Mds €, la formation professionnelle et l’emploi 0,29 Mds €, le développement régional 0,21 Mds € et les affaires sociales 0,34 Mds €. (...)

La Banque mondiale a accordé un prêt de 1,5 milliards de dollars à la Tunisie en 2011, qui est déboursé sur trois tranches. Elle a décidé, en juin 2013, de geler le paiement de la troisième tranche parce que, entre autres raisons, le nouveau code des investissements, ultra-libéral, n’a pas encore été voté.