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Marie-Claude Saliceti
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Le parisien
La SNCF licencie son lanceur d’alerte
Article mis en ligne le 28 janvier 2019

Le 26 décembre, la compagnie a licencié Denis Breteau qui a porté plainte en 2012, dénonçant des appels d’offres biaisés dont aurait bénéficié le groupe américain IBM.

C’est un licenciement qui pose question. Sept ans après avoir porté plainte contre X pour des suspicions de manipulation d’appels d’offres au sein de la SNCF, le cheminot à l’origine des révélations a été limogé par la compagnie ferroviaire.

Après dix-neuf ans passés au service achats de l’entreprise publique, Denis Breteau, 53 ans, basé à Lyon, a reçu sa lettre de licenciement le 26 décembre 2018. De quoi éprouver « un grand sentiment d’injustice », confie l’ingénieur. « Des supérieurs m’ont demandé de truquer des appels d’offres, j’ai dénoncé les faits. Et maintenant, la SNCF me licencie. C’est un mauvais signal envoyé à tous ceux qui veulent s’opposer aux malversations dans la compagnie ferroviaire. »

Fin 2016, une enquête préliminaire a pourtant bien été ouverte par le parquet national financier (PNF) pour vérifier si la SNCF a favorisé l’entreprise américaine IBM dans ses appels d’offres de matériels informatiques. Des marchés potentiellement suspects, qui, cumulés, auraient fait perdre à la SNCF 150 millions d’euros.

Dans cette affaire, Denis Breteau a déjà été longuement entendu par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Des échanges de mails et des documents liés à ces marchés ont été récupérés. « Les investigations se poursuivent, assure le PNF. Deux magistrats en ont la charge. » (...)

la SNCF estime qu’il « s’agit d’une divergence d’interprétation du droit des marchés publics » tout en indiquant que la filiale a été liquidée en 2017. Surtout, elle estime que « les faits dénoncés par M. Breteau n’ont à aucun moment reçu le moindre début de preuve ».

Un point de vue que ne partage pas l’association Anticor, spécialisée dans la lutte contre la corruption. « C’est un dossier explosif qui met en jeu des responsables de premier plan, affirme l’association. Nous attendons les résultats de l’enquête. Si ça n’aboutit pas, nous nous constituerons partie civile. »