Bandeau
Marie-Claude Saliceti
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Reporterre
Climat : l’action individuelle ne peut pas tout
Article mis en ligne le 24 novembre 2019
dernière modification le 22 novembre 2019

L’influence des « petits gestes » sur la baisse des émissions de CO2 n’est pas anodine, mais l’action individuelle se cogne à un plafond de verre. Selon une étude, seuls des leviers collectifs peuvent réellement faire la différence, et l’État et les entreprises sont des acteurs clés des profondes transformations nécessaires.

Le colibri ne pourra pas, à lui tout seul, éteindre l’incendie. Pour lutter contre le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre, « faire sa part » est « indispensable mais largement insuffisant ». C’est ce que révèle, chiffres à l’appui, une étude du cabinet de conseil Carbone 4 qui revient sur le rôle et la responsabilité des citoyens, des entreprises et de l’État face à l’urgence climatique.

Le débat agite depuis longtemps les adeptes des écogestes et les partisans d’une transformation plus globale. Mais l’étude apporte des données quantitatives intéressantes. Pour elle, il faut mener le combat « sur tous les fronts » et remettre en cause « le système socio-technique » qui encage l’individu dans un mode de vie carboné. (...)

L’empreinte carbone moyenne d’un Français s’élève à 10,8 tonnes de CO2 par an. Or, par ses gestes individuels, un Français réduirait son empreinte uniquement de 2,8 tonnes chaque année. L’ascèse généralisée et volontaire ne peut pas être l’unique solution. D’autant plus qu’il faut, comme le note l’étude, prendre en compte la mauvaise volonté de certains récalcitrants. (...)

César Dugast, un des rédacteurs, explique la genèse de l’étude en mars 2019 : « Nous étions exaspérés par la suresponsabilisation des individus à qui on faisait porter tout le poids de la lutte contre le changement climatique. »

Cette « injonction à l’écocitoyenneté » se retrouvait partout. Dans le discours médiatique autant que chez les politiques. (...)

« Croire que l’individu-consommateur serait tout puissant est une chimère », réplique César Dugast. La position inverse ne le convainc pas davantage. « Dire que tout reposerait sur le Système avec un grand "S", nourrit l’impuissance. » L’ingénieur de formation avait besoin « de connaître les bons ordres de grandeurs pour enrichir le débat, savoir qui peut agir où, et fixer des priorités ». (...)

L’étude appelle donc à des transformations plus profondes pour que l’État joue pleinement « son rôle de régulateur » et « édicte des règles capables de réorienter les investissements dans des filières vertueuses ». Les entreprises devraient aussi « décarboner leurs chaînes de valeur », changer leur processus industriel, revoir leur rapport au fret de marchandises, leur stratégie d’approvisionnement énergétique, la politique d’achats ou le recyclage des biens...

Un horizon inatteignable si l’on se cantonne à de « petits pas ».